SALA * et non-droit à la vie Systèmes d'Armes Létales à décision Autonome

Nos sociétés en panne économique, sociale et sociétale, sont en passe de vivre une
panne démocratique et éthique majeure, voire définitive, robolution qui s'annonce dans
les cartons des industriels.
Manne ou mânes ?
La question n'est pas posée en France !
Contrairement aux États-Unis, où la presse s'est engouffrée, à la suite d'ONG telles
Human Rights Watch ou l'ICRAC, entr'autres, les médias du vieil Occident sont
singulièrement silencieux sur ce sujet, silence pesant s'il en est.
Car leurs dirigeants sont à la manoeuvre depuis 2013 sur le sujet… plus d'une
centaine de gouvernements, sous l'égide des Nations Unies… et, perle noire : à l'initiative
de la France, dont le représentant permanent, M. Jean-Hugues Simon-Michel a présidé à
Genève une première table-ronde du 13 au 16 mai 2014, puis une seconde du 10 au 14
novembre, intitulées « Disarmament », dans le cadre des réunions de la CCW
“Convention on Certain Conventional Weapons” c'est-à-dire la Convention sur certaines
Armes Conventionnelles, euphémisme pour ne pas nommer les armes spécifiques que les
Nations souhaitent bannir de toute possible utilisation, lors de conflits internationaux et
locaux, comme ce fut le cas avec les armes biologiques ou chimiques, pour n'en citer
que quelques-unes.
Grégoire Chamayou, dans son étude approfondie “Théorie du Drone”, avait en 2013
étudié par le menu les problèmes stratégiques, psychologiques, éthiques, … posés par
les drones armés, toutefois pilotés à (grande) distance, et bouleversant systémiquement
les fondements du Droit International Humanitaire et du “Droit de la guerre”, dans la
mesure où le lieu et la temporalité d'un conflit classique disparaissent puisqu'une moitié
au moins des belligérants est absente physiquement, tandis que l'autre est encore
considérée comme combattante, puis tracée, ciblée et, autre euphémisme, neutralisée.
La question actuelle est encore pire, terrifiante au sens des divinités des Enfers, les
mânes, dans la mesure où les technologies actuelles sont sur le point, s'appuyant sur
l'Intelligence Artificielle, de permettre aux armées – étatiques ou privées ! - d'intervenir
sans présence ni désormais NI DÉCISION HUMAINE, lors des conflits « gérés », eux, à
distance.
Question d'autant plus urgente que ces technologies de l'intelligence artificielle -mais
s'agirait-il ici d'intelligence – latin : intelligentia, action de discerner, de comprendre,
entendement (Gaffiot, p. 836) – sont au coeur des développements en tous genres, de la
recherche et de l'industrie.
Aussi, les médias commencent-ils à abreuver l' « opinion » ou plutôt à la formater, en
l'accoutumant à la présence de drones, manne économique anticipée – attention :
l'image d'Épinal doit être civile – dans de nombreux milieux sauf – et c'est bien la vraie
question – dans le domaine militaire.
A qui profiteront ces avancées technologiques ? A qui ne profiteront-elles pas ?
Quelles en sont les déterminations ? Quelles modifications radicales induisent-elles ?
Quelles perspectives d'avenir génèrent-elles ?
Et surtout, sommes-nous prêts à accepter que des robots à décision de tuer
autonome, c'est-à-dire sans plus aucune intervention humaine, soient disséminés dans la
nature, à toutes les échelles de taille, afin de neutraliser des cibles identifiées par tel ou tel
service de renseignement public ou privé ?
Sommes-nous prêts à léguer cette boîte de Pandore à nos enfants ?
Les raisons de la discrétion, du passage inaperçu de cette robolution terrifiante ont
été orchestrées en amont :
Les S.A.L.A. sont dénommés sarcastiquement L.A.W.S. en américain. Tapez Laws
sur un moteur de recherche et vous serez sûr de ne jamais les trouver sous le nez de
votre souris.
LAWS est ainsi devenu l'acronyme de Letal Autonomous Weapons Systems !
Mais c'est l'oxymore qui masque la chute d'Icare, la CHUTE DU DROIT, dont les
militaires américains ont bien pris la mesure.
Nos politiques seraient-ils complices ? Ou plutôt apeurés par l' “opinion” citoyenne ?
C'est la question urgente que je voudrais remettre au centre d'une citoyenneté
possible ; et ce dans le contexte absolument nécessaire de la pluralité des avis -
personne ne détenant la vérité – car nous avons un besoin absolu de partager nos
opinions, pour les inscrire en actes de citoyenneté responsable et non déléguée.
Je vous propose donc mon étude ici :
http://blogs.mediapart.fr/blog/bonneau-alain/190215/systemes-darmes-letales-autonomes-sala-et-non-droit-la-vie

Alain Bonneau

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