Pause partagée avec Edwy Plenel et Pierre Rabhi

Denis Lafontainewww. dlafontainephotographe.com20 avril 2013, les Amanins, ferme agroécologique au cœur de la Drôme,  le mistral gagnant, la salle à l’élégante voûte de bois construite au- dessus de l’ancienne bergerie est comble, Pierre Rabhi et Edwy Plenel sont là pour converser sur le thème : Sous le pavé numérique : la terre.













Denis Lafontaine

www. dlafontainephotographe.com


20 avril 2013, les Amanins, ferme agroécologique au cœur de la Drôme,  le mistral gagnant, la salle à l’élégante voûte de bois construite au- dessus de l’ancienne bergerie est comble, Pierre Rabhi et Edwy Plenel sont là pour converser sur le thème : Sous le pavé numérique : la terre.

Une rencontre chargée d’émotion entre deux pionniers, chacun dans leur domaine, l’agroécologie et les médias, entre deux défricheurs d’un monde complexe, de plus en plus clivé, de plus en plus brutal qui apportent par leurs actions un démenti cuisant à ceux qui nous proposent comme horizon l’impuissance, l’indifférence, voire le mépris. Deux hommes qui ont fait le pari de la confiance en sachant s’appuyer sur l’intelligence collective dans une démarche participative. Ils nous ouvrent des perspectives vers d’autres possibles où la reconnaissance, l’honneur, le partage, le sens donné à la vie, au travail, sont interrogés.

Ce sont deux univers qui entrent en résonance avec l’actualité, celle de l’affaire Cahuzac.

Petites bribes de phrases glanées au détour de  cette rencontre en attendant la vidéo qui sera mise en ligne la semaine prochaine.

Pierre Rabhi :  Michel valentin cofondateur des Amanins était un précurseur de l’entreprise du futur et je lui rends hommage. […]

  Est-ce qu’il existe une vie avant la mort ? Je ne suis pas né pour le PNB. On ne peut faire du diagnostic indéfiniment. L’alternance doit être rigoureuse, voilà pourquoi il faut expérimenter comme ici aux Amanins.

Edwy Plenel : Honneur et émotion d’être ici. […]Une seule façon de s’en sortir par ces temps obscurs, c’est faire son chemin soi-même, ne pas attendre une boîte à outil. Mais pour autant, ne pas être dans le repli.

Savoir regarder la modernité, l’utiliser pour le bien commun tout en défendant le meilleur de la tradition dans une mise en relation entre ces deux pôles (référence au film Avatar). La technique comme le numérique n’est jamais libératoire en soi. Il y a un combat à mener pour sortir du flux de l’immédiateté. C’est ce que nous essayons de faire avec Médiapart, du journalisme durable (liens hypertextes, trois éditions…)

[…]

Les paradis fiscaux relèvent de la même culture que la mafia. […]

PR : L’heure de vérité n’est pas à venir. La catastrophe est déjà engagée pour une immense partie de l’humanité qui connait la faim, la misère et n’a pas accès au bien commun. L’avenir passe par la révision de l’éducation, de la condition des femmes, la décroissance. Rien ne peut croître indéfiniment. Il faut se débarrasser de ce système qui recrée une féodalité humaine. Le génie créatif de chaque petite communauté humaine a été pillé. Le monde paysan a été injustement méprisé. […]

Il y a un consentement obligé avec la modernité. Mais ces outils nouveaux comme  le numérique nous libèrent-ils vraiment ou nous asservissent-ils ? As-tu intégré le fait que la virtualisation peut altérer l’humanité car la conscience de soi passe par une initiation concrète que le virtuel ne peut remplacer ?

EP : Le virtuel, c’est du réel. Le numérique correspond à un moment de découverte formidable. […]

PR : Je veux bien que tu m’apprennes à m’en servir, mais  je suis persuadé qu’on a organisé la société sur un mode frénétique qui nous oblige à inventer ces outils. […]

EP : Médiapart est un peu une clairière dans la forêt qui vise à ralentir ce flux. […]

PR : Tout outil doit être managé par une conscience élevée qui érige le bien commun comme exigence absolue. […]

EP : En journalisme, l’intuition, la curiosité et la générosité sont des qualités. […]

On ne peut pas faire totalement l’impasse sur le politique. Gandhi a mobilisé la société dans une révolution culturelle qui posait la question du politique. […]

PR : […]Le travail est devenu une nouvelle forme d’esclavage. La cravate en est le symbole, celui de la strangulation journalière ou de la laisse.

E P :  […]Comment passe-t-on de ces oasis de société, de nos engagements personnels à une dynamique collective ? Comment fait-on ? Comment fait-on ?

Une question en  écho, une invitation à la réflexion collective, à l’engagement.

Chacun a apporté sa part et s’est vu gratifié symboliquement  du salaire de la terre, c’est-à-dire d’un petit sachet de  fleur de sel cueilli dans le marais guérandais. Une belle rencontre.

 

 

 

 

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