En vidéo, l'hommage à Edouard Glissant à Buoux 2011

Imaginer d'autres imaginaires. Extraits de l'hommage à Edouard Glissant par Edwy Plenel et de la lecture de ses textes par Estelle Bonnier-Bel Hadj.

Imaginer d'autres imaginaires. Extraits de l'hommage à Edouard Glissant par Edwy Plenel et de la lecture de ses textes par Estelle Bonnier-Bel Hadj.

 

A CAMédia, nous étions tous d'accord pour organiser le week-end de Buoux 2011 sur le thème "création et engagement", mais les images que nous avions de ces zones d'ensemencement mutuel entre la création et l'engagement nécessitaient du temps avant d'y mettre un contenu.

Camédia n'est qu'un microcosme de ce que représentent les abonnés de Médiapart. Nous venons d'expériences différentes, de bains culturels différents, d'écoles de pensées dont les rapports de voisinage ne sont pas sans frictions, notre vision de l'art et de l'engagement en sont forcément affectés.

Pourtant, dès que le nom d'Edouard Glissant apparut dans nos propositions, l'évidence nous saisit tous. C'est que la pensée et les écrits d'Edouard Glissant ne sont excluants pour personne. Ils fonctionnent comme un tourbillon où le poétique et le politique mêlent sans cesse leurs racines.

conférence Glissant partie 1 © karine M

Dans un monde qui n'en finit pas d'être finissant avec les tentations de repli identitaires et les crispations qui menacent les conditions mêmes qui font que les hommes parviennent à vivre ensemble nous sentons tous que les remèdes et les solutions du passé ont perdu toute crédibilité auprès du plus grand nombre. Ouvrir les fenêtres, regarder ailleurs, imaginer des ailleurs dont il faut déchiffrer les traces dans notre vie présente, imaginer que l'on peut lutter contre la pensée coloniale sans retourner les mêmes armes contre leurs auteurs, penser que l'on peut comme l'écrivait Franz Fanon "ne pas être esclave de son esclavage", il nous faut pour cela des défricheurs, des poètes, "des déparleurs", des hommes capables d'imaginer d'autres imaginaires. En lisant, en écoutant Edouard Glissant nous sentons, nous découvrons des profondeurs où ce nouvel imaginaire peut naître, une langue créolisée.

"La créolisation est un mouvement perpétuel d'interpénétration culturelle et linguistique qui fait qu'on ne débouche pas sur une définition de l'être. Ce que je reprochais à la négritude, c'était de définir l'être : l'être nègre...

Je crois qu'il n'y a plus d'être.

L'être c'est une grande, noble et incommensurable invention de l'Occident, et en particulier de la philosophie grecque. La définition de l'être va très vite dans l'histoire occidentale déboucher sur toutes sortes de sectarismes, d'absolus métaphysiques, de fondamentalismes, dont on voit aujourd'hui les effets catastrophiques. Je crois qu'il faut dire qu'il n'y a plus que l'étant, c'est-à-dire des existences particulières qui correspondent, qui entrent en conflit, et qu'il faut abandonner la prétention à la définition de l'être."

( Edouard Glissant, entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009), L'imaginaire des langues aux éditions Gallimard)

Serge Koulberg

 

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