Reims 17 mars - Larzac constitution d’une identité dans la lutte

Qui aurait pu imaginer en 1971 que la déclaration du ministre de la défense de l'époque allait déclencher un des plus vastes et plus étranges mouvements de contestation.

Qui aurait pu imaginer en 1971 que la déclaration du ministre de la défense de l'époque allait déclencher un des plus vastes et plus étranges mouvements de contestation.
Inenvisageable que des petits paysans « pur  beurre » de la Cavalerie se retrouvent aux côtés d'autres un peu moins pur beurre mais beaucoup plus gros .Inconcevable que tous exigent que les néo-ruraux participent aux décisions. Et pourtant ...
Incroyable qu' en 1973 Bernard Lambert paysan de « gauche » prenne la parole sur ce plateau plutôt situé à droite et ce devant, encore plus étonnant une délégation des ouvriers de Lip en lutte .
Ahurissant que ces paysans cathos, un peu conservateurs accueillent les «  hordes de  Hippies » venus des 4 coins de France. Quel visionnaire aurait pu prédire que cette lutte allait dépasser les frontières du Larzac et que partout en France allaient se créer des comités regroupant des personnes venus d'horizons aussi différents que l'extrême gauche , la non violence, la défense de l'Occitanie , l'écologie... et j'en oublie ?
Trente ans après au delà de nos différences un lien fort c'est forgé , cette lutte nous a marqués, nous ne sommes plus les mêmes.
Au bout du compte, c’est une marche chaotique inconsciente vers la constitution d’une communauté qui a transcendé de beaucoup les objectifs initiaux de la lutte
Ce qui a caractérisé les luttes de cette période c’est une incroyable liberté d’invention et de ton, une fierté, une insolence, une imagination sans bornes : cette capacité à inventer des moyens inédits de se défendre collectivement. Dans cette mesure, le Larzac nous parle de nous aujourd’hui…
Il y a dans cette histoire matière à rêver d’une société où il est possible de dire non à l’inacceptable, où il est possible d’imaginer ensemble, où l’individu trouve sa place dans une communauté vivante qui ne fait pas de lui un simple exécutant de décisions prises forcément au-dessus de lui… Il ne s’agit pas là de proposer un modèle, mais modestement à travers le récit d’une lutte longue et terrible, de laisser monter en nous la petite musique de la connivence, de vibrer avec les acteurs, de craindre avec eux, de rire avec eux, de s’immiscer dans l’intimité d’un groupe qui invente… S’ils l’ont fait, c’est donc possible… Et s’il y a une actualité du Larzac, c’est là qu’elle se trouve à mes yeux (Christian Rouaud). C’est la démonstration concrète que le discours de division et d’impuissance que distille le pouvoir peut être battu par la capacité de s’unir au delà de nos histoires diverses, de nos différentes opinions. Oui c’est possible.

Jean Azan

Jean Azan et Gilles Lemaire, acteurs de cette lutte, participent à notre "rencontre avec Médiapart" à Reims, le 17 mars2012.

Pour consulter le programme et s'inscrire, c'est ici.

Lire l'article de Médiapart sur le prix obtenu par le film "Tous au Larzac"

 

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