J'me prépare... pour le grand départ...

Être en soins palliatifs...

Je suis en soins palliatifs et j'ignore encore combien de jours, de semaines et de mois me seront accordés. Je vis le temps en aller-retours mais il s'arrête à la seconde que je respire encore. Plus de promenades, de loisirs, de cinéma, plus de projections dans le futur. C'est accepter la dégradation du corps, la grande fatigue, les douleurs... et accueillir comme un radieux soulagement les traitements qui aident à vivre... quand bien même. 

À qui pense que je ne suis pas la seule: hélas non.

À qui prétend que je m'expose indécemment sur la place publique médiapartienne pour être vue et inspirer la pitié, la compassion, l'attention de mes ami(e)s, entre autres abonnés, je dis que je ne leur souhaite pas d'avoir les organes bouffés par un crabe.

À ceux-là, je conseille de cultiver et d'arroser leur empathie indigente tous les matins sur leur balcon ou dans leur jardin.

Alors, j' me prépare... pour le grand départ. Je pense aux vivants, d'abord mes enfants, mes chéris, et mes proches. Ils en auront assez avec leur deuil à vivre et leurs larmes à sécher... Je parle avec eux... et j'agis... pour épargner à ma fille Sandrine le poids des démarches post-mortem.

À cette fin, je lui ai préparé des dossiers légers comprenant les pièces essentielles, les priorités et mes recommandations. J'ai rédigé un testament olographe pour le notaire qui lègue à mon fils mon appartement qu'il occupe déjà avec moi (Sandrine  a déjà reçu en donation un bien immobilier).

Et puis... et puis, j'ai rédigé mes directives anticipées : pas de réanimation cardiaque, pas de maintien en vie par voies artificielles, pas d'interventions inutiles. Je ne veux pas mourir comme un légume (pardon pour les légumes).

Être à la frontière. Celle dont on sait qu'on n'y échappera pas mais qu'on feint d'ignorer en un paradoxe propre à l'être humain, la grande Faucheuse, la Madame je n' sais pas, le grand Mystère, car qui peut prétendre, avec ses certitudes d'athée rationaliste, en savoir quelque chose? je dois l'affronter, l'apprivoiser.

Je pense à la mer qui accueillera mes cendres, la mer si belle et toujours recommencée... Depuis quelques jours, le ciel est si bleu et la lumière si douce... à goûter sans modération. 

J'image m'envoler vers un p'tit coin d' paradis, une belle lumière et un Dieu bienveillant qui m'ouvrira ses grands bras. 

Il y a trois jours je regardais des photos de moi avec mes bébés trésor. J'étais si jolie et souriante... Je n'avais pas trente ans.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.