Souveraineté bien ordonnée commence par soi-même

Les abonnés sélectionnés par le comité de lecture Front populaire sont pas tous des ânes. Éric Lannée, travailleur indépendant : « Avant de sʼindigner du manque de souveraineté de la nation, les individus qui la constituent et cautionnent le système en élisant des représentants, ne devraient-ils pas sʼinterroger sur leur propre souveraineté individuelle, lâchement abandonnée dans lʼurne ? »

Avant de sʼindigner du manque de souveraineté de la nation, les individus qui la constituent et cautionnent le système en élisant des représentants, ne devraient-ils pas sʼinterroger sur leur propre souveraineté individuelle, lâchement abandonnée dans lʼurne ? On nous présente, depuis qu'il existe, le vote électif au suffrage universel comme un acte citoyen majeur, or c'est rigoureusement l'inverse dont il s'agit puisque que le peuple électeur, en élisant, abandonne de fait, sa souveraineté. La notion de peuple souverain via lʼélection dʼune représentation est finalement la plus belle escroquerie politique de tous les temps.
Nous étions pourtant prévenus : Le 7 septembre 1789, l'abbé Emmanuel-Joseph Sieyès prononce un discours à lʼAssemblée nationale constituante, dans lequel il distingue gouvernement démocratique et gouvernement représentatif en ces termes : “Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux même les lois, ils nʼont pas de volonté particulière à imposer. Sʼils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif, ce serait un État démocratique” “ Le peuple, je le répète, dans un pays qui nʼest pas une démocratie ( et la France ne saurait lʼêtre), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.”
À lʼaune de cette définition irréfragable, on peut apprécier lʼescroquerie véhiculée de nos jours par lʼoxymore “démocratie représentative”. Le suffrage universel instaure ensuite lʼillusion démocratique toujours en vigueur de nos jours ! Cette mesure nʼinquiète guère Alexis De Tocqueville qui déclare: “ Le suffrage universel nʼest pas à craindre, les gens voteront comme on leur dira.”
Une telle pertinence force le respect car qui peut démontrer que ce nʼest pas ce qui est advenu, et advient encore de nos jours à chaque élection ?
Depuis la mise en place du chiffon rouge « Front national » par Mitterrand en 1984, la technique est encore plus perverse ! Le suffrage universel nʼest toujours pas à craindre par les oligarques, ils nʼont plus quʼà dire au peuple pour qui ne pas voter !
Lʼélection est donc de fait anti-démocratique, et clairement oligarchique. Nous le savions déjà il y a des siècles, voire des millénaires, dixit Montesquieu ou encore Aristote :

“Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie." — Montesquieu.

“Il est considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu’elles soient électives" – Aristote.

On pourra chercher longtemps la souveraineté populaire dans tout ça ! Il convient donc si lʼon veut instaurer la première république démocratique souveraine de France, dʼêtre cohérent, et de boycotter les élections. Mais quʼavons-nous en magasin ? Regardons alors du côté de la démocratie Athénienne ! Cette forme de gouvernance à fonctionné dans cette cité pendant 200 ans. Les parlementaires nʼy étaient bien entendu pas élus mais tirés au sort parmi les citoyens, et votaient les lois !
Aie... Jʼentends déjà lʼargumentation préconçue prête à mʼêtre servie : La société démocratique athénienne excluait la majorité des habitants du droit de vote, les femmes les métèques et les esclaves ! Les citoyens qui avaient le droit de vote nʼétaient quʼune minorité ! Ce à quoi je réponds : exact ! Mais aujourdʼhui, non seulement ni les femmes ni les métèques nʼont le droit de vote, mais tous les “citoyens” en sont privés puisque réduits au rang dʼesclaves électeurs ! Plus aucun citoyen nʼa le droit de vote ! Juste le droit de désigner des maîtres qui le font à leur place !
En ce qui concerne le vote au référendum officiellement accessible aux citoyens, voyons ce quʼil en est concrètement ? En 62 ans, les scrutins sous la Cinquième République ont servi à 9 reprises pour des référendums à l'initiative du pouvoir, c'est à dire que le peuple a pu exprimer son approbation ou son désaccord pour un projet, une loi fondamentale, ou la démission d'un Président. Soit un vote en moyenne tous les 7 ans ; Et 152 fois pour des élections imposées aussi par le pouvoir tout naturellement, soit quasiment 2,5 élections par an !
Cela fait du droit de vote en France, un droit dʼélire les maîtres qu'on nous impose à 94%, et à 6% un droit de vote consultatif puisque le résultat ne sera validé que sʼil convient aux maîtres organisateurs ! Si lʼexpérience de 2005 où la souveraineté populaire, clairement foulée au pied, nʼa pas engendré de révolution, jʼespère au moins quʼelle a convaincu ceux qui ont subi ce déni de démocratie !
Nos dirigeants sont des bandits sans vergogne qui nʼont strictement rien à faire de lʼintérêt général, ils ne sont là que pour servir les intérêts de leur caste et de ceux qui les ont fait élire. Il est primordial de comprendre aussi, que si vous pensez que remplacer ces politiciens par dʼautres changera quoi que ce soit, vous faites partie du problème !
À chaque campagne électorale jʼentends et lis cette malhonnête mise en garde : “ Lʼabstention est un danger pour notre démocratie ! ”
Bande de voleurs de pouvoirs ! Lʼabstention est un danger pour VOTRE oligarchie ! Alors œuvrons pour que les journaux titrent enfin cette vérité : Attention citoyens ! Lʼélection interdit la démocratie !
Cʼest bien le système représentatif électif en place qui nous vole le pouvoir, et cʼest donc lui quʼil faut remplacer ! Comment faire ?
Michel Onfray suggère : “ Dʼabord lʼinsurrection contre un monde dont les peuples ne veulent plus ” Et si ne plus nourrir ce Léviathan en sʼabstenant dʼélire constituait le premier pas vers cette insurrection pacifique ?

Et si vous vous décidiez à ne plus servir ?

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