Désobéissance institutionnelle

C’est un coup d’état, tout en douceur, tout en gentillesse, tout en magie. J’exagère un peu, à peine. Car en cette fin de cinquième volume, Fudge reste toujours bel et bien ministre de la Magie, ce qui je le rappelle est l’équivalent de nos chefs de l’exécutif. Il n’est pas encore destitué. Mais il le sera bientôt. Qu'est-ce qu'une loi ? Qu'est-ce qu'une constitution ?

Ça m’a fait beaucoup de bien de revenir à la cantate pirate. De savoir qu’elle va cesser me peine un peu. Alors, au lieu de poster ça sur mon blog, et de mettre un lien ici, comme je l’ai fait avant-hier, aujourd’hui, je fais l’inverse. Et puis je donne pas de travail ! Révolutionnaire. Juste de quoi lire, et penser. Et réfléchir à l’école qu’on voudrait, si on avait le moyen d’en parler tous ensemble. Renaud, en son temps, avait déjà proposé qu’on apprenne à s’y servir d’une perceuse. Moi je songe au vélo. Et aussi à la révolution.

Depuis un an, Fudge a accumulé toutes les stupidités, toutes les turpitudes. Il a été roulé dans la farine par les Mangemorts, les arrivistes, les corrompus, les corrupteurs. Son incompétence est monstrueuse. Il a livré au baiser du détraqueur le fils Croupton, et donc coupé court à toute enquête. Son déni a été infantile. Sa paronoïa envers Dumbledore, le directeur de l’école Poudlard, n’a cessé d’augmenter, en même temps que la persécution des alliés de Dumbledore et de Harry. Il a mis une malade sadique à la tête de Poudlard.

Voldemort a attiré Harry et cinq de ses jeunes alliés (parité complète, y compris chez les cadres : le héros, c’est Harry, mais la tronche, c’est Hermione. En fait, non. Parité pas complètement complète : si on ajoute toutes les qualités de Luna, Ginny et Hermione, il me semble que ça fait un peu plus que quand on ajoute celles de Harry, Ron et Neville). Mais ça foire. Très bon espionnage, stratégie au point, auto-formation des ados, et l’ordre du Phénix va pouvoir intervenir et capturer cinq Mangemorts qui étaient du traquenard. Voldemort est contraint à s’enfuir : Dumbledore, « le seul qu’il ait jamais craint », est intervenu lui aussi. On a un mort, le parrain de Harry, Sirius, ce qui va donner au chapitre suivant une leçon de philosophie et de morale d’une complexité… trouve pas d’épithète ! Vous voyez Macron ? Legendre ? Castaner ?  Trapaidem ? Ben l’exact opposé. Une complexité complexe, voilà. Une leçon de vieillesse et de jeunesse.
La communauté des sorciers découvre brutalement que Harry avait raison, que Dumbledore avait raison, que Voldemort est réellement revenu et menace de nouveau le bonheur et la paix, que Fudge est un con. Vous constatez dans ce passage que Dumbledore fait un tout petit peu de com. (J’ai un peu tendance à désavouer pub et com, il en faut quand-même, bien sûr. Surtout quand on considère le concert des cons, efficace, assourdissant, toxique, incendiaire).

institutions

 Il entendit alors des voix résonner dans le hall, plus nombreuses qu'elles n'auraient dû l'être… Harry ouvrit les yeux et aperçut ses lunettes au pied de la statue décapitée qui était à présent allongée sur le dos, craquelée et immobile. Il les remit aussitôt, releva légèrement la tête et vit le nez aquilin de Dumbledore à quelques centimètres du sien.
— Ça va, Harry, tu n'es pas blessé ?
— Ça va, répondit-t-il en tremblant si violemment qu'il n'arrivait plus à tenir la tête droite. Je… non… où est Voldemort… qui sont ces… qu’est-ce que… ?
L'atrium était rempli de monde. Le parquet brillant reflétait les flammes vert émeraude qui avaient jailli dans toutes les cheminées aménagées le long des murs, et d'où émergeait un flot continu de sorcières et de sorciers. Lorsque Dumbledore l'aida à se relever, Harry vit les petites statues d'or de l'elfe et du gobelin amener vers eux un Cornelius Fudge abasourdi.
— Il était là ! s'écria un homme vêtu d'une robe écarlate, les cheveux coiffés en catogan.
Il montrait du doigt un tas de débris dorés de l'autre côté du hall, là où Bellatrix s'était trouvée plaquée au sol quelques instants auparavant.
— Je l'ai vu, Mr Fudge. Je vous jure que c'était Vous-Savez-Qui. Il a emmené cette femme avec lui et il s'est enfui en transplanant.
— Je sais, Williamson, je sais. Je l'ai vu aussi ! balbutia Fudge qui portait un pyjama sous sa cape à rayures et haletait comme s'il venait de courir plusieurs kilomètres. Par la barbe de Merlin… Ici… Ici même ! Au ministère de la Magie ! Par tous les dieux du ciel ! Comment est-ce possible… ma parole… comment cela a-t-il pu… ?
— Allez donc faire un tour au Département des mystères, Cornelius, dit Dumbledore.
Satisfait d'avoir vu Harry en bonne santé, il s'avança ostensiblement afin que les nouveaux venus s'aperçoivent de sa présence (quelques-uns d'entre eux levèrent leur baguette, d'autres parurent simplement stupéfaits. Les statues de l'elfe et du gobelin applaudirent et Fudge sursauta si violemment que ses pieds chaussés de pantoufles quittèrent brièvement le sol).
— Vous trouverez dans la chambre de la Mort plusieurs des Mangemorts évadés, immobilisés par un maléfice Antitransplanage, en attendant de savoir ce que vous comptez faire d'eux.
— Dumbledore ! bredouilla Fudge, médusé. Vous… Ici… Je… Je…
Il lança des regards frénétiques aux Aurors qui l'accompagnaient. De toute évidence, il était à deux doigts de s'écrier : « Saisissez-vous de lui ! »
— Cornelius, je suis prêt à affronter vos hommes — et à les vaincre une fois de plus ! tonna Dumbledore. Mais, il y a quelques minutes, vous avez eu devant les yeux la preuve que, depuis un an, je vous disais la vérité. Lord Voldemort est revenu, vous avez recherché pendant douze mois un homme qui n'était pas coupable et il serait temps que vous redeveniez raisonnable !
— Je… Ne… Bon… , bégaya Fudge.
Il jeta un coup d' œil autour de lui comme s'il espérait que quelqu'un allait lui dire ce qu'il devait faire. Voyant que personne ne réagissait, il poursuivit :
— Très bien… Dawlish ! Williamson ! Descendez au Département des mystères et voyez ce qu'il en est… Dumbledore, il va falloir que vous m’expliquiez exactement… La fontaine de la Fraternité magique… Qu'est-ce qui s'est passé ? ajouta-t-il dans une sorte de gémissement en contemplant les débris des statues de la sorcière, du sorcier et du centaure, éparpillés sur le sol.
— Nous parlerons de tout ça lorsque j'aurai renvoyé Harry à Poudlard, répondit Dumbledore.
— Harry… Harry Potter ?
Fudge pivota sur ses talons et regarda Harry, debout près du mur, à côté de la statue couchée par terre qui l'avait protégé pendant le duel entre Dumbledore et Voldemort.
— Lui… Ici ? dit Fudge. Pourquoi… Qu'est-ce que ça signifie ?
— Je vous expliquerai tout, assura Dumbledore, lorsque Harry sera de retour à l'école.
Il s'éloigna du bassin et s'approcha de l'endroit où se trouvait la tête arrachée du sorcier d'or. Sa baguette pointée, il murmura :
— Portus.
La tête brilla d'une lueur bleue et se mit à vibrer bruyamment contre le sol pendant quelques secondes avant de redevenir inerte.
— Attendez un peu ! dit Fudge alors que Dumbledore ramassait la tête d'or pour l'apporter à Harry. Vous n'avez aucune autorisation pour ce Portoloin ! Vous ne pouvez pas faire des choses comme ça sous les yeux du ministre de la Magie, vous… vous…
Sa voix s'étouffa sous le regard impérieux de Dumbledore qui le fixait par-dessus ses lunettes en demi-lune.
— Vous allez donner l'ordre de mettre fin aux fonctions de Dolores Ombrage à Poudlard, déclara Dumbledore. Vous allez dire à vos Aurors d'arrêter de rechercher mon professeur de soins aux créatures magiques afin qu'il puisse reprendre son travail. Je vais vous accorder… — Dumbledore tira de sa poche une montre à douze aiguilles qu'il consulta d'un bref coup d’œil — une demi-heure de mon temps, au cours de laquelle je vous résumerai l'essentiel de ce qui s'est passé ici. Après cela, il me faudra retourner à mon école. Si vous avez encore besoin de mon aide, je serai ravi de vous l'apporter, il vous suffira de me contacter à Poudlard. Les lettres adressées au directeur me parviendront.
Fudge, les yeux exorbités, resta bouche bée, son visage rond rosissant à vue d' œil sous ses cheveux gris en désordre.
— Je… Vous…
Dumbledore lui tourna le dos.
— Prends ce Portoloin, Harry.
Il lui tendit la tête d'or de la statue et Harry posa la main dessus, trop égaré pour se soucier de ce qu'il allait faire maintenant ou de l'endroit où il atterrirait.
— Je te retrouverai dans une demi-heure, dit Dumbledore à voix basse. Un… deux… trois…
Harry éprouva à nouveau la sensation familière d'une secousse derrière le nombril, comme si on le tirait avec un crochet. Le parquet verni se déroba sous ses pieds, l'atrium, Fudge, Dumbledore disparurent et il s'envola dans un tourbillon de couleurs et de sons…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.