A Ouagadougou, le ciné africain pris par la Ousma-mania

A bord de l'avion vers Ouagadougou, un seul film en tête, pour rêver la grande ville. Dans Moro Naba (1957), grand classique de Jean Rouch, le cinéaste ethnographe filme les rues poussiéreuses de la capitale de ce qui était alors la Haute-Volta.

A bord de l'avion vers Ouagadougou, un seul film en tête, pour rêver la grande ville. Dans Moro Naba (1957), grand classique de Jean Rouch, le cinéaste ethnographe filme les rues poussiéreuses de la capitale de ce qui était alors la Haute-Volta. On y suit, au jour le jour et pendant plus d'une semaine, les funérailles de Moro Naba, l'empereur des Mossi, et l'élection de son fils à sa succession. Dans ses commentaires en forme de voix off, Rouch prend soin de ne surtout pas évoquer l'une des réalités du pays : à l'époque où il les filme, les Mossi vivent encore sous colonisation française. Une cinquantaine d'années plus tard, Ouaga n'a plus grand chose à voir avec le film de Rouch. Certes, les Mossi restent l'ethnie la plus importante du centre du Burkina. Mais le cœur de la ville, moins chaleureux qu'il ne le paraissait à l'écran, tout en béton ou presque, est désormais peuplé de dizaines de bâtiments publics à étages - des banques, des ministères et encore des banques.

 

En 1965, lors d'un entretien croisé entre Jean Rouch et le réalisateur sénégalais Ousmane Sembène, ce dernier s'aventure à formuler une critique qui fera date dans l'histoire du cinéma. «Tu nous regardes comme des insectes», reprochait-il au cinéaste français. L'ancien docker né en Casamance s'en prenait à ce non-dit inconfortable, présent dans certains films de Rouch, autour de la colonisation en Afrique. Comme si le cinéma de Rouch masquait trop souvent la situation politique et sociale de l'Afrique noire. Débat compliqué mais indispensable, qu'Ousmane Sembène fut le premier à initier. Décédé le 10 juin 2007, le cinéaste est la grande star du Fespaco 2009, le festival de cinéma panafricain de Ouagadougou.

 

L'affiche hommage du Fespaco 2009 à Ousmane Sembène.

 

A Ouaga ces jours-ci, tout le monde y va de son geste pour rendre hommage au grand homme. Dans la presse locale, des entretiens avec le maître ont été re-publiés. Une sculpture à la gloire de Sembène a été inaugurée, en tout début de festival, dans un des quartiers les plus modernes de la capitale. Une rétrospective (incomplète) de sept films court durant toute la manifestation, doublée d'un colloque universitaire. Jusqu'au pèlerinage : on peut désormais visiter la chambre mythique qu'occupait Sembène Ousmane, à l'hôtel Indépendance, toujours la même, numéro 1... Que penser de cette Ousma-mania ? Version optimiste : se féliciter de la possibilité offerte au public africain de re-découvrir des oeuvres du patrimoine, pas si souvent projetées, de La noire de... (1966, communément présenté comme l'un des tout premiers longs métrages africains) à Ceddo (1977). L'hommage est d'autant plus justifié que Sembène Ousmane, marxiste jusqu'au bout de sa vie, fut l'un des fondateurs du Fespaco, dès 1969. Version moins joyeuse : le cinéma africain se conforte avec ses vieilles et belles gloires, faute de films haletants du côté de la jeune génération - et notamment dans la compétition du Fespaco. Verdict en fin de semaine.

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