Le «JJ», satire à l'africaine

La Une du dernier numéro est barrée d'un clap de cinéma, qui serre en tenaille une brochette de politiques burkinabè. Un titre : «Fespaco, 21e galère».

La Une du dernier numéro est barrée d'un clap de cinéma, qui serre en tenaille une brochette de politiques burkinabè. Un titre : «Fespaco, 21e galère». Allusion à la désorganisation générale qui a régné sur le festival de cinéma africain de Ouagadougou, avec ses projections chaotiques, ses accréditations que l'on promet mais qui n'arrivent jamais, ses retards dans l'impression des catalogues, finalement disponibles en toute fin de festival... Dans ce Burkina réputé sage et doux, ce n'est pas rien : le Journal du jeudi démonte une à une les grandes gloires nationales.

 


Le kiosque du Journal du Jeudi, dans le quartier de la cité an III, à Ouagadougou.

 

A bientôt 18 ans, le titre est une exception en Afrique de l'Ouest, où les journaux satiriques peinent à dépasser les quelques mois d'existence. Tiré à 10 000 exemplaires chaque semaine, l'«hebdromadaire» de douze pages, vendu 250 francs CFA («une broutille»), est devenue une institution au Burkina. En décoinçant un peu le débat public. S'il reste officiellement directeur de la publication, son fondateur, Boubakar Diallo, a pris ses distances depuis cinq ans, en se lançant dans une carrière de réalisateur à succès (l'auteur du culte Traque à Ouaga). Le franco-brukinabè Damien Glez, très présent dans ces pages, a pris le relais. Il revient sur les débuts délicats de l'hebdo, en 1991, face à un public «pas du tout blasé»:


 

 

 

Dans ce pays sahélien plutôt très discret, qui se prête mal, aux premiers abords, à la caricature, l'arrivée d'une presse bruyante a aussi suscité des réticences :

 

 

 

 

Damien Glez devant les locaux du Journal du Jeudi.

 

Le Sénégal eut un temps son Cafard libéré. Les trois journalistes salariés du JJ écrivent-ils un Canard à l'africaine ? Glez réfute et préfère la référence à Coluche. Quant aux pressions politiques, au pays de Norbert Zongo, ce journaliste assassiné en 1998, passé un temps par le JJ, il minimise. Deux procès en tout et pour tout dans l'histoire du journal, et quelques convocations devant le Conseil supérieur de la communication, lointain équivalent du CSA. «La mort de Zongo a servi de leçon pour le pouvoir», assure Glez. «Ils n'avaient pas prévu que l'affaire prendrait une telle ampleur, surtout à l'international.» Ce qui permet au JJ de mettre en Une sans trembler un dessin du président, Blaise Compaoré, en tenue de footballeur, claironnant : «Je suis un bon buteur».

 

Le journal s'aventure aussi sur un autre terrain, peut-être plus risqué, en se moquant des ethnies qui peuplent le Burkina. Un humour très local, inimaginable dans beaucoup d'autres pays africains. Damien Glez himself reviendra dès lundi sur ces énigmatiques «parenthèses à plaisanterie».

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