Mort à quelques carats

Dans la nuit du 22 au 23 mars dernier, un orpailleur perd la vie dans l’éboulement de la mine d’or de Namissiguima, à 30 km de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso. Cet accident fait écho à tant d’autres…

Dans la nuit du 22 au 23 mars dernier, un orpailleur perd la vie dans l’éboulement de la mine d’or de Namissiguima, à 30 km de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso. Cet accident fait écho à tant d’autres…
En août 2008, 34 chercheurs d’or se noyaient sur un site d’orpaillage envahi par des eaux de ruissellement, dans le village de Konkèra, au sud-ouest de Ouagadougou. En 2006, dans la mine de Poura, des éboulements avaient tué 11 personnes.

Mort à la mine © Glez Mort à la mine © Glez

Dans un pays sans grande ressource naturelle, le mirage de l’or est tel qu’on outrepasse les consignes de sécurité préfectorales, même pendant l’hivernage – la saison pluvieuse de juin à septembre. C’est parfois la nuit qu’on vient dynamiter des galeries pour une hypothétique pépite.
L’Etat tente péniblement d’organiser la recherche “informelle” de l’or. L'orpaillage, qui consiste à laver artisanalement les alluvions aurifères pour en retirer des paillettes d'or, a été interdit, début juin 2008, par le gouvernement sur toute l'étendue du territoire national pour trois mois, afin d'éviter les risques d'écroulement des puits. Mais encore faut-il des moyens pour surveiller l’application des consignes dans des zones parfois reculées du pays.
A côté des mines d’or improvisées poussent des exploitations minières plus modernes, souvent financées par des fonds canadiens ou sud-africains. Le jeudi 9 mars dernier, le Premier ministre procédait au lancement officiel des travaux de construction de la mine d’or d’Essakane, dans la province du Séno. Celle-ci devrait rapporter à l’Etat burkinabè, au titre des taxes, divers impôts et royalties, plus de 30 milliards de francs CFA par an (45 millions d’euros). Sur le plan national, le gouvernement burkinabè espère des recettes annuelles de 150 milliards de francs CFA (230 millions d’euros) dans la production d’or, à compter de 2015.
Non loin des mines modèles pourvoyeuses d’emplois sécurisés et promotrices d’infrastructures, des chercheurs d’or improvisés continuent de creuser avec les moyens du bord, au prix de la tragédie. Deux films dépeignent cette réalité. «Ceux de la colline» un documentaire de Bernie Goldblat achevé en janvier dernier. «L’or des Younga», une fiction de 2006, western burkinabè du réalisateur Boubakar Diallo.

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