Le pompier pyromane

Le 16 février dernier s’ouvrait, au Burkina Faso, la sixième réunion du Comité d’évaluation et d’accompagnement de l'Accord politique de Ouagadougou qui mit officiellement fin aux hostilités ivoiro-ivoiriennes déclenchées en 2002. Au programme : l’arlésienne élection présidentielle qui devrait solder le quinquennat de neuf ans du président ivoirien Laurent Gbagbo. Après les accords de Lomé, Linas-Marcoussis-Kléber, Accra I, Accra II, Pretoria I et Pretoria II – et des prises de langue stériles à Abuja, Addis Abeba ou New York -, c’est le président burkinabè Blaise Compaoré qui se trouve conforté dans son rôle de facilitateur du dialogue direct interivoirien. Ironie du sort…

 

Le 19 septembre 2002, c’est “Ouaga” que quittent les apprentis putschistes ivoiriens pour déferler sur la route d’Abidjan. Et c’est dans la capitale burkinabè que reste tapi en embuscade leur “Massoud”, le sergent chef Ibrahim Coulibaly dit “I.B.”. Son idole Blaise Compaoré est-il son parrain ? Le président ivoirien n’en doute pas. A mots à peine couverts, il promet le « feu du ciel » à ses voisins du Nord. Plus officiellement, il s’égosille en direction de l’Elysée, arguant que « cette agression étrangère » justifie l’application des accords de défense franco-ivoiriens hérités du 24 avril 1961. Le sang des soldats français de l’opération Licorne coulera en Côte d’Ivoire. Et la sueur de Dominique de Villepin…

 

 

Le président burkinabè serait donc le mister Hyde de la déstabilisation et le docteur Jekyll de la “facilitation”. Il est aujourd’hui faiseur de paix au Togo, arbitre courtisé par la rébellion touareg du Mali et du Niger, “fournisseur” de médiateur conjoint ONU-UA au Darfour. Mais l’ancien putschiste est accusé d’avoir entretenu la guerre au Liberia, d’avoir épaulé son ami Charles Taylor derrière la rébellion de Sierra-Leone ou encore d’avoir approvisionné militairement le rebelle angolais Jonas Savimbi. En privé, un diplomate avisé soutenait même, en 2005 : « Si le Burkina a la main dans le pot de confiture ivoirien, il a également un doigt dans le pot de confiture mauritanien ». Le président de la Mauritanie Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya venait d’être renversé…

 

Tout sourire, du fond de son tout nouveau palais du quartier de Kossyam, l’insondable président du Burkina Faso peut se persuader qu’il était légitime de venger les émigrés burkinabè qui furent les victimes collatérales, au début des années 2000, du concept nationaliste d’Ivoirité. Le président Gbagbo qui joue la montre sur le terrain électoral peut méditer, lui, le proverbe ouest-africain qui enseigne : « Si tu n’as pas la force de ton cambrioleur, aide-le à porter son butin ».

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