Fespaco : un peu de stress et peu de strass

C’est ce 28 février que s’ouvre la 21e édition du Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou.

C’est ce 28 février que s’ouvre la 21e édition du Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. 40e anniversaire d’une biennale qui aimerait négocier un virage…

C’est un Stade du 4-août plein comme un œuf qui accueille, à chaque édition, la cérémonie volontiers kitsch de ce rendez-vous populaire. Jusqu’alors, pas de montée mondaine des marches ; on bat la latérite pour accéder aux gradins. Pas de star-system ; traditionnellement, les vedettes sont les cinéastes, davantage que les comédiens, même si le petit écran tend à changer la donne. Pas de bristol obligatoire ; le stade –40.000 places– est ouvert à tous. Pas de strass ; juste un peu de stress pour des journalistes qui peinent à traquer leur accréditation ou des festivaliers qui doivent supporter les bousculades dans la canicule déjà naissante du mois de mars.

 

Tapis rouge... Tapis rouge...

 

Le joyeux désordre est la marque de fabrique du label “Fespaco”. Et il en fait le charme. Pas de bouches en cul-de-poule, pas de silhouettes guindés, pas de poitrines de starlettes offertes aux regards des badauds. Pagaille allègre et dispersion à tous les étages. Le parrain de la manifestation n’évolue pas dans le septième art. Le docteur Cheick Modibo Diarra est ingénieur aérospatial, président pour l’Afrique de Microsoft. Un spécialiste des étoiles en guise de star. Le premier «clap» du festival n’est pas donné par une sommité du grand écran, mais par les autorités politiques burkinabè. Une rue marchande diffuse moins des parfums de festival que des odeurs de foire où les Burkinabè – dont les horaires de travail sont adaptés, pour l’occasion, par le ministère du Travail – iront chercher de bonnes affaires en période de vie chère.


Au cœur de cette apparente confusion des genres, la créativité audiovisuelle burkinabè est, elle-même, en voie de schizophrénie artistique. L’avènement du numérique et la prolifération de nouvelles plages télévisuelles a mué la capitale du cinéma d’Afrique noire en paradis des sitcoms. En témoigne la part croissante de la vidéo, notamment dans la composante “MICA” du Fespaco, le Marché international du cinéma et de la télévision africains. Le cinéma « calebasse » burkinabè a connu son heure de gloire dans les milieux “art et essai” d’Europe. En 1990, Idrissa Ouédraogo obtenait, avec le long métrage «Tilaï», le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes. En 2002, c’est encore le maestro burkinabè qui représentait l’Afrique dans le film « 11’9’’01 - September 11 » aux côtés de Claude Lelouch, Amos Gitaï ou Sean Penn. Mais le tsunami de la stratégie «Nollywood» - le «Bollywood» du Nigeria – a commencé à déferler sur l’ensemble de l’Afrique, avec son corollaire : moins de diffusions sur Arte et davantage dans les vidéo-clubs pirates des quartiers populaires africains.


Tout sera affaire de positionnement pour le festival qui étrenne justement un tout nouveau Délégué général. Michel Ouédraogo aimerait plus de “comm’” et davantage de paillettes ? Qu’importe, pourvu que le Fespaco se déroule toujours à la bonne franquette.
Silence ! Ça festoie…

 

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