La Coupe du Monde de football 2014 ou le très grand marché des joueurs en Europe, par Me Michel Pautot *

Me Michel Pautot* a bien voulu accepter d'aborder le sujet qui attise passions et controverses dans le monde du sport... et pas seulement du sport. « Quelle place occupe l'Europe dans le marché des joueurs ? » ou, en termes triviaux : «  Y a-t-il trop de joueurs étrangers dans les clubs  ? » Me Pautot (inscrit à l’Ordre des Avocats du Barreau de Marseille) est connu comme l'avocat des sportifs de haut niveau et, plus encore, pour avoir été à l'origine de l'arrêt Malaja qui a fait manger sa casquette à Sepp Blatter. Le président de la Fifa considère l'arrêt Malaja « comme un arrêt Bosman à la puissance 10 ». Cet arrêt rendu en 2002 par le Conseil d'État a bouleversé le sport professionnel européen en étendant l’arrêt Bosman à une centaine de nouveaux pays. Conforté le 8 mai 2003 par l'arrêt Kolpak puis l'arrêt Simutenkov du 12 avril 2005 rendus par la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE), l'arrêt Malaja a facilité la mondialisation du sport. Me Pautot est régulièrement interviewé par la presse au sujet des questions juridiques liées au sport.

Me Pautot

Me Michel Pautot* a bien voulu accepter d'aborder le sujet qui attise passions et controverses dans le monde du sport... et pas seulement du sport. « Quelle place occupe l'Europe dans le marché des joueurs ? » ou, en termes triviaux : «  Y a-t-il trop de joueurs étrangers dans les clubs  ? » Me Pautot (inscrit à l’Ordre des Avocats du Barreau de Marseille) est connu comme l'avocat des sportifs de haut niveau et, plus encore, pour avoir été à l'origine de l'arrêt Malaja qui a fait manger sa casquette à Sepp Blatter. Le président de la Fifa considère l'arrêt Malaja « comme un arrêt Bosman à la puissance 10 ». Cet arrêt rendu en 2002 par le Conseil d'État a bouleversé le sport professionnel européen en étendant l’arrêt Bosman à une centaine de nouveaux pays. Conforté le 8 mai 2003 par l'arrêt Kolpak puis l'arrêt Simutenkov du 12 avril 2005 rendus par la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE), l'arrêt Malaja a facilité la mondialisation du sport. Me Pautot est régulièrement interviewé par la presse au sujet des questions juridiques liées au sport.

« À quelques jours de la Coupe du Monde de football Brésil 2014, l’Europe occupe une place prééminente dans le marché des joueurs. Avec la forte progression des joueurs étrangers (ou expatriés) dans les clubs européens, l’internationalisation a le vent en poupe et les équipes sont de plus en plus nombreuses à aligner sur les terrains des mosaïques de nationalités même si des exceptions existent. Qui aurait imaginé il y a une vingtaine d’années que des clubs comme Chelsea, Arsenal, l’Inter Milan ou le PSG auraient débuté des rencontres avec exclusivement des joueurs étrangers ? Pas grand monde…. Et pourtant, la réalité est là. Ellet suscite interrogations et inquiétudes.

Régulièrement, des polémiques à propos de la liberté de circulation agitent le football et rappellent les controverses plus générales sur la mondialisation des échanges ou le patriotisme économique. Il y a plusieurs mois déjà, suite à une étude du Guardian, une fronde a vu le jour en Angleterre où la présence jugée excessive des joueurs étrangers dans le Championnat de Premier League est un frein au développement de l’équipe nationale mais Manchester City, le tout récent Champion d’Angleterre, ne l’a pas entendu ainsi, ayant souvent débuté des matches avec 10 joueurs étrangers sur 11, dont celui de son sacre….
La controverse a resurgi récemment avec le sélectionneur de la Russie Fabio Capello qui estime que le trop grand nombre d’étrangers évoluant en Russie réduit significativement le vivier de joueurs russes sélectionnables. C'est dire l’importance et l’actualité de ce sujet qui fait l’objet de notre ouvrage « Sport et Nationalités – quelle place pour les joueurs étrangers ? ».
L’arrêt Bosman a été amplifié avec les arrêts Malaja, Kolpak, Simutenkov et Kahveci
La nouvelle composition des équipes de clubs rendue possible par d’une part, la construction européenne, notamment avec l’impact de l’arrêt Bosman pour les joueurs communautaires puis amplifié pour une partie des joueurs non-communautaires avec les arrêts Malaja, Kolpak, Simutenkov et Kahveci, et d’autre part, par le « libéralisme » de certains règlements fédéraux, a des incidences pour les entraîneurs des sélections nationales.
Bien que les deux derniers vainqueurs Italie 2006 et Espagne 2010 ne comportaient pas de joueurs expatriés ou très peu, les sélections nationales font de plus en plus appel à des joueurs évoluant à l’étranger. C’est le cas du pays organisateur : le Brésil. L’hebdomadaire brésilien Veja, relayé par Courrier international avance : « même s’il est devenu habituel de voir de nombreux brésiliens évoluer dans les championnats européens, c’est la première fois que l’équipe première brésilienne est majoritairement composée de joueurs évoluant à l’étranger. »
Lors de la Coupe du Monde de football 2010, sur les 736 joueurs présents, 553 évoluaient dans un Championnat européen, soit 75.13%. C’est dire l’écrasante attractivité des championnats européens. L’Angleterre était le pays à accueillir le plus grand contingent de joueurs sélectionnés (14.94% des joueurs).
Toujours lors de la dernière Coupe du Monde en Afrique du Sud, une augmentation des joueurs évoluant à l’étranger était déjà réelle : 59.10% en 2010 évoluaient dans un Championnat autre que leur pays de nationalité, contre 50.27% en 2002 et 55.16% en 2006. C’est dire !

Les joueurs sud-américains et africains en force Europe
Les trois géants sud-américains (Brésil, Argentine et Uruguay), tous trois vainqueurs de la Coupe du Monde, « exportent » aujourd’hui beaucoup de joueurs à l’étranger, notamment sur le continent européen.
Dans les années 1970 – 1980, seuls les meilleurs joueurs sud-américains évoluaient en Europe, cas notamment des argentins champions du Monde Mario Kempes (meilleur buteur de la Liga en 1977 et 1978 à Valence), Daniele Passarella (défenseur de la Fiorentina et du Milan AC de 1982 à 1988) et Oswaldo Ardiles, vainqueur de la Coupe Uefa en 1988 avec Tottenham. Diego Maradona, avant d’être Champion du Monde avec l’Argentine en 1986 signa notamment au FC Barcelone en 1982 mais son ascension fut stoppée par un tacle assassin lors d’un match contre Bilbao et il connut ensuite la gloire avec Naples de 1984 à 1991 avec deux titres de Champion d’Italie et une Coupe UEFA.,… Maradona était d’ailleurs le joueur le plus cher du monde en Juillet 1984, ayant été transféré du FC Barcelone à Naples pour 79 millions de francs à l’époque !)
Quelques seulement des joueurs brésiliens évoluaient en Italie, comme Zico (attaquant de l’Udinese de 1983 à 1985) et le milieu Falcao, champion d’Italie avec l’AS Roma en 1983, Junior à Torino, Cerezo à la Samp…. Nous pouvons ajouter l’uruguayen Enzo Francescoli qui a notamment évolué en France au Matra puis à l’Olympique de Marseille.

Le Brésil et l’Argentine sont des pays le plus « exportateurs » de joueurs
La vague sud-américaine aujourd’hui est bien plus importante par le nombre de joueurs expatriés.
Le Brésil et l’Argentine font partie depuis plusieurs des années des pays le plus « exportateurs » de joueurs. L’Uruguay présente aussi beaucoup de talents en Europe. Aujourd’hui, qui n’a pas entendu parler de l’argentin Lionel Messi, quadruple Ballon d’or au FC Barcelone, de l’Uruguayen Luis Suarez à Liverpool ou du Brésilien Neymar au Barça et de son compatriote Thiago Silva au PSG ?
Le Brésil, nation réputée pour ses attaquants flamboyants, présente la particularité d’avoir des défenseurs populaires en Europe, tels David Luiz à Chelsea et Marcelo au Réal Madrid qui a inscrit un but en finale de la Ligue des Champions…
Cette saison, au lancement de la Champions League 2013-2014, nous comptabilisions 8 Brésiliens au Chaktor Donetsk, 5 Brésiliens au PSG, 6 Brésiliens à Benfica, à Porto, 4 Brésiliens à Chelsea, 3 argentins à Benfica et Manchester City, 3 Brésiliens à l’Atletico Madrid et au FC Barcelone, 3 Uruguayens à l’Atletico Madrid,… A la Juventus, à Naples, au PSG, à Benfica et à Porto, les trois pays étaient représentés dans les effectifs des clubs (Uruguay, Brésil, Argentine).
Les sélections africaines « exportent » aussi beaucoup de joueurs africains à l’image du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigéria, de l’Algérie…
Parmi les joueurs les plus emblématiques du continent africain, le Camerounais Samuel Eto’o à Chelsea après avoir fait les beaux jours du Barça et de l’Inter, l’Ivoirien Didier Drogba à Galatasaray et son compatriote Yaya Touré à Manchester City, l’Algérien Sofiane Feghouli à Valence, le Ghanéen, le Nigérian John Obi Mikel à Chelsea, le Ghanéen Michael Essien au Milan AC….

Les sélections européennes dépendantes de leurs expatriés
Certaines sélections européennes dépendent du rendement de leurs joueurs évoluant à l’étranger. Les Pays-Bas, la France, le Portugal, la Belgique, la Croatie, la Bosnie,…sont aujourd’hui des pays « exportateurs » des joueurs et doivent une partie de leur qualification à la Coupe du Monde 2014 au Brésil à leurs joueurs « expatriés ».
La Hollande repose sur le trio Arjen Robben – Wesley Sneijder – Robin Van Persie, Van Persie ayant été très efficace lors des éliminatoires de la zone Europe et est devenu le meilleur buteur de l’histoire de la sélection néerlandaise.
Lorsque les Pays-Bas sont devenus Champions d’Europe en 1988, 5 joueurs sur 20 évoluaient à l’étranger dont le célèbre trio Ruud Gullit et Marco Van Basten (Milan AC), Franck Rijkaard (Sporting Portugal), très décisif, accompagné de deux joueurs évoluant en  Belgique : Adri Van Tiggelen (Anderlecht) et Erwin Koeman (Malines).
La France est bien connue et appréciée pour ses joueurs évoluant en dehors de l’Hexagone. Lors des derniers matches de l’équipe de France de football, Franck Ribéry (Bayern Munich), Karim Benzema (Réal Madrid) et Mamadou Sakho (Liverpool) qui évoluent hors de l’Hexagone ont été décisifs.
En 1984, lorsque les Bleus sont devenus Champions d’Europe, seul Michel Platini évoluait à l’étranger (Juventus) et il a gagné à lui tout seul l’Euro.De même, l'équipe de France a remporté la finale de la Coupe du Monde en 1998 avec des buts inscrits par des joueurs exerçant à la Juventus et Arsenal : Zinédine Zidane et Emmanuel Petit.
Pour le Portugal, c’est l’attaquant du Réal Madrid Cristiano Ronaldo qui a qualifié à lui tout seul sa sélection lors des barrages contre la Suède d’Ibrahimovic. Parmi les meilleurs joueurs de la Belgique, le défenseur Kompany, un des piliers de Manchester City, Courtois, le gardien de l’Atletico et Eden Hazard, l’attaquant de Chelsea, Lukaku, celui d’Everton. Pour la Croatie et la Bosnie, elles reposent sur Modric et Dzeko.

La Suisse, « mosaïque balkanique »
D’autres sélections n’ont pas de joueurs à l’étranger ou très peu, comme l’Italie ou l’Angleterre. La sélection allemande, une des favorites de la Coupe du Monde 2014, repose sur une forte ossature issue du Bayern Munich – Borussia Dortmund, tout en présentant des joueurs en Angleterre et en Espagne. André Schurle avec Chelsa a contribué fortement à l’élimination du PSG. Un de ses attaquants vedettes est Miroslav Klose qui est à la Lazio et qui vise le record de buts. Lors de son dernier titre de Championne du Monde en Italie, sur les 22 vainqueurs allemands, 5 évoluaient en … Italie : le trio Andreas Brehme – Lothar Matthaüs – Jurgen Klinsmann (Inter Milan) et le duo Thomas Berthold – Rudi Völler (AS Roma)…et ils avaient grandement contribué au succès germanique….
Aujourd’hui, l’Allemagne fait confiance à des joueurs d’origine étrangère, tout comme la Suisse, « mosaïque balkanique ».
La France est bien connue pour sa politique d’intégration, cas notamment avec les trois plus grands numéros 10 des Bleus : Raymond Kopa – Michel Platini – Zinédine Zidane.
La pratique des naturalisations est de plus en plus fréquente pour les sélections nationales. C’est le cas notamment de joueurs brésiliens Thiago Motta, Eduardo et Diego Costa qui jouent pour l’Italie, la Croatie et l’Espagne.
En Italie, le débat fait rage avec l’intégration de joueurs sud-américains en équipe nationale et il est déjà arrivé que des joueurs argentins aient été Champions du monde avec la squadra azzura…
La sélection algérienne est connue pour présenter des joueurs bi-nationaux ayant joué pour la France.

Le cas espagnol
L’ossature Réal Madrid – FC Barcelone est bien présente dans la sélection espagnole, Championne du Monde en titre, à laquelle s’ajoutent des joueurs de l’Atletico Madrid mais ces dernières saisons ont été marquées par des mouvements des joueurs ibériques vers d’autres Championnats, comme l’Angleterre, symbolisés par Fernando Torres et par le parcours victorieux de David Silva avec Manchester City.
La récente finale de la Ligue des Champions a démontré la forte internationalisation du Réal Madrid et de l’Atletico Madrid au cours de laquelle à l’exception du 1er but du Réal de Sergio Ramos, tous les buts ont été inscrits par des joueurs étrangers : Marcelo (Brésil), Gareth Bale (Galles), Cristiano Ronaldo (Portugal) pour le Réal, Diego Godin (Uruguay) pour l’Atletico. Les deux stars des deux équipes étaient le brésilien naturalisé espagnol Diego Costa et le portugais Cristiano Ronaldo…" Michel PAUTOT.

 

*Maître Michel Pautot, rédacteur en chef de Legisport, est aussi l'auteur de l’ouvrage "Sport et Nationalités - Quelle place pour les joueurs étrangers " (éditions Lharmattan)


Me Michel Pautot - « Sport et Nationalités – quelle place pour les joueurs étrangers ? » (Editions L’Harmattan). © Me Michel Pautot Me Michel Pautot - « Sport et Nationalités – quelle place pour les joueurs étrangers ? » (Editions L’Harmattan). © Me Michel Pautot











 

 

 

 

 

 

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