« Une loi sera votée », nouvelle preuve de la dérive présidentialiste

Dans les quelques douze minutes de son intervention télévisée du 31 décembre 2013, l’actuel président de la République a fait une utilisation de la langue qui est extrêmement révélatrice non seulement des intentions qui l’animent, mais aussi du système présidentiel dans lequel il s’épanouit avec tant de bonheur.

Dans les quelques douze minutes de son intervention télévisée du 31 décembre 2013, l’actuel président de la République a fait une utilisation de la langue qui est extrêmement révélatrice non seulement des intentions qui l’animent, mais aussi du système présidentiel dans lequel il s’épanouit avec tant de bonheur. A plusieurs reprises il a utilisé la première personne du singulier  — à travers des fermes et presque martiaux « Je veux… » — qui le relègue définitivement au rang de son agité de prédécesseur immédiat, mais aussi de tous les autres. La campagne présidentielle nous avait, en quelque sorte, prévenus que la fonction de monarque républicain lui irait comme un gant, par le biais de la désormais célèbre anaphore « Moi président, je… ». Maintenant c’est « Je veux… ». En d’autres termes le monarque, dans son immense bonté, informe le bon peuple de ses intentions. Mais il y a beaucoup plus grave dans cette allocution rituelle.

 

Evoquant les deux élections, municipales et européennes, qui se profilent à l’horizon du printemps 2014, le susnommé a dit en parlant des conseils régionaux : «  Une nouvelle loi de décentralisation leur accordera plus de responsabilités… ». Ce que le service de presse de l’Elysée s’est empressé de simplifier en une formule encore plus lapidaire et plus inquiétante « Une loi sera votée ». Vous avez bien lu, le président de la République annonce qu’une loi sera votée par le parlement, avant même que le même parlement ne soit saisi, réuni et n’ait eu le temps de débattre de façon démocratique et transparente. Pour François Hollande, comme c’était le cas pour tous ses prédécesseurs, l’assemblée nationale n’est qu’une chambre d’enregistrement qui se plie au bon vouloir des décisions du monarque.

 

Cependant, dans la pourtant très contestable constitution française du 4 octobre 1958, et, plus particulièrement dans le titre V, Des rapports entre le parlement et le gouvernement, l’article 39 précise « L’initiative des lois appartient concurremment au Premier Ministre et aux membres du Parlement. » Donc nulle part dans cette même constitution il est dit que le président de la République décide des lois et encore moins de l’issue du vote consécutif à l’examen d’une loi, mais l’habitude de voir une majorité parlementaire aux ordres du président élu est telle que ce type de formulation ne suscite même plus l’indignation élémentaire qu’elle devrait engendrer immédiatement. Une fois encore, par le biais d’une petite phrase, la preuve est faite que, pour restaurer la démocratie, il est plus qu’urgent de laisser aux oubliettes de l’histoire un système qui privilégie le pouvoir personnel au détriment du pouvoir collectif et qui conforte le mythe de l’homme providentiel.

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