Déchéance !

Le pouvoir exécutif, en la personne de l'actuel président de la République et de son premier ministre, ne cesse d'agiter des épouvantails dignes de l'extrême droite, état d'urgence et, surtout, la déchéance de nationalité. La déchéance a plusieurs acceptions. Il en est une qui a conduit le peuple et l'assemblée souveraine, en 1789, à priver le souverain de son titre. Hollande devrait y penser...

Déchéance, nom féminin qui correspond au verbe déchoir, apparu dans la langue française au XIIème siècle et issu de la préposition latine de, en dehors, et du verbe cadere, tomber. Donc littéralement de-cadere signifie tomber en dehors d’un état, d’une situation initiale. Le sens initial de déchoir, tel qu’il est donné par le Grand Robert et le TILF, est : tomber dans un état inférieur à celui où l’on était. Le Littré donne la conjugaison du verbe déchoir , avec deux formes à la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif, il/elle déchoit ou il/elle déchet. Si cette deuxième forme est tombée en totale désuétude dans sa fonction verbale, elle a néanmoins survécu en donnant le nom commun déchet, qui implique une perte de qualité et qui est désormais utilisé dans une acception péjorative. 

Déchoir a voyagé à travers le temps depuis le XIIème siècle avec un sens religieux, physique et politique. Déchoir a une acception théologique, déchoir de l’état de grâce par exemple ; une acception physique, illustrée dans la fable 5 du livre VII de Jean de la Fontaine, La Fille : L’âge la fit déchoir : adieu tous les amants ; et une acception politique, liée au régime monarchique, déchoir un souverain, c’est-à-dire l’empêcher d’exercer sa fonction pour des raisons de santé physique ou mentale. Ce dernier sens a fait jurisprudence et, par extension, fait référence à la perte d’un droit. Ainsi la déchéance de Louis XVI a été prononcée par l’assemblée, qui signifiait ainsi qu’elle ne reconnaissait plus son titre de souverain et qui entérinait donc la perte du titre et du trône.

La déchéance est donc synonyme d’abaissement, de chute, de décadence, de déclin, de dégradation, de disgrâce. Dans son sens physique, elle est inéluctable, quelle qu’en soit la forme ; dans son sens religieux, elle relève de l’appréciation de chacun dans ses choix ; quant au sens politique il n’avait de sens qu’en tant que synonyme de destitution et traduisait la victoire de l’expression démocratique  contre la force. Jusqu'à ce que l’ignominieux régime de Vichy fasse de la nationalité un titre et non plus un droit, comme elle l’est, pour exprimer sa haine à l’égard des français d’origine juive. Or c’est précisément à cette honteuse dérive que l’actuel président de la République s’en remet avec son scandaleux projet de déchéance nationale, que tous les démocrates doivent combattre.

S’il est une déchéance, elle est morale et intellectuelle et elle est le fait d’un individu, élu par la volonté des électrices et des électeurs qui lui ont confié un mandat, qu’il ne respecte pas et qu’il n’a jamais respecté. Il convient donc que cet imposteur rende des comptes à son électorat et soit déchu de son titre et de sa fonction.

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