Ce "sur" n'est pas sûr

Jusqu’à un passé relativement récent l’usage de la préposition sur  était limité à ce qu’en disent les dictionnaires de la langue, à savoir que d’une manière générale sur indique la position d’une chose par rapport à ce qui est plus bas, en contact ou non avec elle : s’asseoir sur une chaise — un nuage orageux plane sur la ville. Parmi les extensions de sens et les emplois particuliers, le Grévisse note la proximité (Les places fortes sur les frontières) ; le lieu où l’on est (Se promener sur l’eau en bateau) ; la direction (Tirer un coup de fusil sur quelqu’un) ; la manière d’être (Être sur la défensive) ; l’accumulation ( Il dit sottise sur sottise) ; la relation (Sur trente personnes invitées, deux seulement s’étaient excusées) ; le temps ( Être sur le départ) ;  la conséquence (Sur cette réponse il fut égorgé) ; et l’accord (Après un échange d’idées sur lesquelles ils étaient tombés d’accord) — Grévisse pp-959-963).

 

Mais depuis quelques années, il est un étrange usage qui émerge dans le langage parlé et qui consiste à faire de ce sur un synonyme de à et une réponse impropre à la question locative latine ubi sum? où suis-je ? De fait on peut s’entendre répondre au téléphone : M. Tartempion ? Je ne peux pas vous le passer, il est sur Lyon aujourd’hui ; ou de vive voix : Tartemolle ? Non il travaille sur Carcassonne maintenant. Dans les deux cas, les deux T n’ont bien évidemment pas opté pour la Montgolfière ni pour la lévitation. A la décharge des locuteurs ce sur exprime une imprécision qui n’est pas de leur fait : quelque part à Lyon ou Carcassonne. Cependant la préposition à traduit  exactement la même chose…

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