Le buzz

Une information qui fait le buzz, voilà bien une expression médiatique à la mode et un vocable encore emprunté à l’anglais, dont on pourrait aisément faire l’économie même si l’on est bien conscient qu’une langue vivante évolue toujours d’une part par mixité et emprunts (tout comme une société, ce que ne comprendront jamais les « bas-du-front ») d’une part et par l’effet en linguistique de la loi du moindre effort, appelée également économie linguistique (cf un de nos maîtres en lexicologie, Jean Tournier, Introduction descriptive à la lexico-génétique de l’anglais contemporain, ed. Champion-Slatkine, Genève : 1985) — qui permet de réduire l’effort nécessaire à la transmission de l’information — , néanmoins quand la langue du locuteur dispose d’un équivalent sémantique, pourquoi diable ne pas le privilégier ? Et parler plus simplement de battage médiatique, par exemple, ou de nouvelle qui fait parler, qui fait du bruit.

 

Pour mémoire, to buzz est un verbe onomatopéique qui vient donc de l’onomatopée symbolisant le bruit des ailes d’un insecte, en particulier d’une abeille qui tourne autour de fleurs qu’elle va butiner. Le substantif équivalent en français est donc le bourdonnement, ou, plus fort, le vrombissement. Par le biais du processus métasémique qu’est la métonymie, le sens de buzz a évolué vers le bruit similaire d’apparence que peut produire une sonnette de porte d’entrée ou une sonnerie de téléphone — du reste, en langage informel, on dit to buzz somebody, passer une coup de fil à quelqu’un — , ainsi que le brouhaha qu’engendre une discussion entre plusieurs individus et la réaction à une information (my head was still buzzing after I heard the news). Le franglais fait oublier que to buzz a un nom équivalent, buzzword, littéralement un mot à la mode.

 

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