De l'usage impropre de "chafouin"

Les jeunes journalistes de radio et de télévision ont décidément une fâcheuse tendance à tordre le cou au sens initial de certains mots de la langue française, peut-être par snobisme, très certainement par inculture, et à en inventer d’autres. L’auteur de ces quelques lignes a déjà dénoncé dans cette édition la confusion, fréquente sur les chaînes d’information en continu, entresigle et acronyme, ainsi que l’utilisation impropre du vocable éponyme, sans oublier le recours pesant et répétitif aux métaphores et métonymies que personne n’utilise dans le langage courant. Les mêmes tristes petits perroquets du PAF ont, cette fois, enregistré le renfort des commentateurs de football de Canal+, insupportables bébés hurleurs qui confondent décibels et compétence.

 

Ces derniers se sont lancés dans une banalisation totalement inappropriée de l’adjectif chafouin. Ainsi, deux d’entre eux,  commentant à la fin du mois de mai une rencontre de Premier League, ont lourdement plaisanté sur un joueur de Southampton, qui avait « l’air chafouin » parce qu’il était sur le banc des remplaçants et non pas sur le terrain comme titulaire. Ils voulaient dire que le joueur en question était renfrogné, maussade, grognon ou boudeur, et il ne serait pas inutile que la chaîne pré-citée leur offre un Grévisse, un Hanse ou tout simplement un Robert pour leur éviter d’autres erreurs. 

 

En effet, chafouin est un adjectif qui, depuis le Littré jusqu’au TILF en passant par le Grand Robert a toujours le même sens, un seul et unique, à savoir :

a) substantif, Personne petite, fluette et à la mine sournoise, comme une fouine  (« Le Censeur, le chafouin, la face subitement maigrie et jaunie, les yeux fureteurs enregistrait les délits, pointait les coupables ». Arnoux, Algorithme, 1948, p-47) ;

b) en parlant du visage, de la physionomie, Sournois, rusé (« Les visages, qui se détournaient à demi pour nous examiner, sont si minces, si effilés, si chafouins, avec de si petits yeux sournois et larmoyants, sous des retombées de paupières mortes! » Loti, Jérusalem, 1895, p-123).

Et il n’y a pas d’autre sens. Comme on serait tenté de le dire sur cette même chaîne en clair, faut quand même pas décoder !

 

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