[Editorial] Le levain démocratique de la jeunesse asiatique

Et pourtant les dirigeants chinois le savaient. En 1989, pendant près de 20 jours, la jeunesse estudiantine saisie d’une fièvre démocratique avait défié la bureaucratie. Isolée des autres couches sociales du pays notamment du salariat et de la paysannerie, son massacre avait conclu cette parenthèse démocratique.

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Cependant, le choc fut si rude pour les bureaucrates chinois qu’ils s’étaient divisés sur la façon de régler le problème « jeune ».

Trente ans plus tard, en 2014, entre tournesols taïwanais et parapluies hongkongais, la jeunesse asiatique défie de nouveau la Chine et occupent l’espace public pendant plusieurs semaines. À Hong Kong, avec le mouvement des parapluies et à Taïwan où la jeunesse se mobilise contre un traité de libre-échange entre Taïwan et la Chine. Le parlement est occupé par des étudiant·es pendant deux semaines. L’accord sera suspendu. On relève déjà dans ces mouvements certaines constantes : une participation majoritaire de jeunes de moins de trente ans ; le rôle clé des réseaux sociaux dans la mobilisation ainsi que l’occupation non-violente de l’espace public qui met en avant la désobéissance civile. Même si l’affrontement avec la police est assumé lorsque l’État agresse le mouvement social comme lors des mobilisations à Hong Kong en 2019 contre le projet de la loi sur l’extradition. Ce dernier mouvement vient de connaître une sévère défaite, mais pour l’essentiel, même si certain.e.s de ses cadres ont été arrêté·es, il conserve ses potentialités, un rebond est possible.

De nouveau aux avant-postes de la résistance démocratique, on retrouve la jeunesse dans la résistance au Myanmar contre la junte militaire. Là aussi, les réseaux sociaux organisent la désobéissance civile, les référents culturels unifient (trois doigts levés, en référence à la série américaine Hunger Games, sont devenus le signe de ralliement contre la junte), l’auto-organisation est un principe d’action (à Hong Kong ce sont des cliniques clandestines qui avaient été installées en 2019 pour soigner les manifestant·es blessé·es, et qui offraient même des soins par acupuncture).

L’arc des mobilisations de la jeunesse asiatique s’étend par exemple à l’Inde (en février dernier, l’inflexible gouvernement Modi a dû relâcher, sous la pression, la militante pour le climat Disha Ravi, 22 ans, qui avait exprimé son soutien aux paysan·nes sur les réseaux sociaux).

Le levain démocratique de la jeunesse asiatique nous réserve de nombreuses surprises.

Patrick Le Tréhondat

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