La pandémie , une chance pour les circuits courts par Sylvie Gandon

Les consommateurs qui avaient déjà commencé à douter de la sécurité alimentaire, voient redoubler leur inquiétude en période de pandémie. La multiplicité des informations en circulation, le marketing alimentaire ont contribué à rendre complexe la compréhension de ce qu'est une nourriture saine dans un contexte d’accroissement du surpoids et de l’obésité

La pandémie une chance pour les circuits courts ?

 

Les consommateurs qui avaient déjà commencé à douter de la sécurité alimentaire, voient redoubler leur inquiétude en période de pandémie. La multiplicité des informations en circulation, le marketing alimentaire ont contribué à rendre complexe la compréhension de ce qu'est une nourriture saine dans un contexte d’accroissement du surpoids et de l’obésité. La transformation des modes de vie, la variation des horaires, la montée de la précarité, la place croissante d'internet dans les loisirs familiaux ont contribué à réduire le temps de préparation des repas et a favorisé les plats tout préparés (moins d'une heure par jour en moyenne est consacré par les ménages à la préparation des repas familiaux). Dans un contexte d'inégalités économiques croissantes et de dégradation de la santé publique, les effets de la pandémie pourraient permettre une prise de conscience des changements à opérer. La baisse de la fréquentation des centres commerciaux et des hypermarchés déjà observée pourrait être accentuée au bénéfice de petits commerces ou de circuits courts. De même le temps disponible pour les confinés pourrait être consacré à la préparation des repas et permettre ainsi de diminuer la quantité de plats industriels consommés. La prise de conscience accrue par la pandémie, les risques que la mondialisation fait peser sur la sécurité alimentaire, qu'il s'agisse de l'augmentation de la dépendance aux produits importés dénoncée par le rapport du sénat 2019, des gaspillages importants tout au long de la chaîne de valeur, de la faiblesse des contrôles sanitaires sur les produits alimentaires importés (seulement 5% des produits sont contrôlés par la DGCCRF) renforce la demande en produits locaux et en circuits courts. C'est une demande de produits simples et peu transformés : fruits, légumes, vin, miel, viande, riz, céréales.

La distribution de produits en circuits courts (panier, boutique, abonnements, AMAP etc.) repose sur l'interconnaissance des producteurs et des consommateurs donc sur une relation de confiance. Il s'agit aussi de construire d'autres rapports entre les consommateurs, les producteurs et un rapport de responsabilité à la terre. L'agriculture urbaine, jardins familiaux, partagés, collectifs est fondée sur cette même logique de constitution de collectifs prenant en charge la gestion de biens communs que sont les espaces verts dans les villes. Cependant ce type de filière peine à se développer malgré un réel engouement des consommateurs. Les limites qu'il rencontre se trouvent aussi bien du côté de l'offre que de la demande. Par exemple le maraîchage bio francilien ne peut satisfaire la demande de la région en l'absence de filière de formation biologique, d'un solide soutien public à l'investissement et d'un accès facilité au foncier. Du côté de la demande les obstacles économiques sont difficilement surmontables. Dans les centres urbains la faiblesse du pouvoir d'achat des classes populaires les conduit à se diriger vers les discounts alimentaires, les marchés de fruits et légumes bas de gamme et les filières d’approvisionnement semi-légales. Les contraintes en matière de temps et de planification rendent difficile, pour des populations paupérisées et parfois déculturées, la préparation des repas à partir de produits frais. Ainsi ces filières ne pourront se développer qu’avec un vrai soutien public sans quoi elles resteront une niche dans un marché où règne l'alimentation industrielle. L’accès à l'alimentation qui semblait pour beaucoup une évidence, apparaît menacée et fragilisée par la pandémie et les évolutions climatiques. Les pouvoirs publics locaux et territoriaux tentent d'y remédier mais seul un changement de paradigme qui fera de l'alimentation un bien commun organisé par la collectivité au bénéfice de tous pourra sécuriser à terme l'accessibilité alimentaire.

 

Sylvie Gandon

 

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