Les folles amours comme utopie.

Qu’il est étrange, ce temps de folie douce. Plus rien n’a de valeur. Ni le travail – qui ne vaut plus rien, de fait – ni l’amour, ni la vie. La guerre est là, malgré tout le bonheur du monde. Nous avons tout et nous ne prenons rien. Nous disposons à loisir de la folie d’amour, de ce soleil, de ce doux vent qui glisse sur notre peau. Mais nous ne prenons rien. Nous ne prenons ni la folie d’amour, ni le soleil, ni le vent, ni la lune ou les étoiles. Alors même que nous sommes sur Mars, cette planète qui ne cesse pas de nous faire rêver. Nous contemplons l’univers à la fenêtre de notre système solaire et nous ne voyons plus notre bonheur. C’est à désespérer de vivre.

Il est clair que, dans ces conditions, promettre c’est mourir. Rêver, c’est être atteint de folie douce. Pourtant, rêver ne serait, en ces temps, pas mal venu. On peut même considérer que rien de véritablement sérieux ne pourra désormais se faire sans promesse directement issue de nos rêves. Mais de quoi rêvons-nous alors même que l’on veut à ce point faire appel à notre pragmatisme. Cet abominable pragmatisme.

Ce dont nous rêvons – je reparle, ici, de sujets déjà évoqués – c’est de « tronc commun » d’études générales plus avancé – école obligatoire jusqu’à l’age de dix-huit ans. Ce dont nous rêvons c’est de retraite dès cinquante ans pour les maçons, les boulangers, les carreleurs et d’autres – de retraite à cinquante-cinq ans pour tous. Ce dont nous rêvons c’est de semaines de quatre jours ou de trente-deux heures. En clair, nous faisons de nos rêves les promesses de conditions de travail et de vie à la mesure des acquis de notre civilisation. Cela pour reconstruire les bases d’une démocratie plus sûre d’elle. Plus belle, aussi.

Or, ce que l’on attend de nous, peuples autochtones, c’est de ne plus rêver. Ne plus rêver d’amour immortel, ne plus se souvenir de nos belles années, celles où nous étions jeunes et forcement rêveurs. On nous oppose le pragmatisme, donc, clef de voûtes des discours politiques de nos dirigeants : il faut être pragmatique !

Nous n’avons que faire d’une réalité qui soit monolithique, puisque la réalité n’est pas monolithique, et nous n’avons que faire du pragmatisme qui ne peut qu’étouffer nos vies, malmener nos espoirs, dilapider froidement toute réelle probité intellectuelle. Ce que nous devons imposer, au demeurant, c’est l’utopie. Une utopie de l’amour du prochain, du respect de l’autre ; une utopie facteur de développement d’une humanitude toujours plus digne, notamment par des avancées sociales palpables.

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