Pourquoi ces Assises de la pédagogie ?

Bien des questions concernant le métier enseignant (au sens large du terme, on pourrait dire des professionnels de l'éducation) sont à poser ou reposer. En voici quelques-unes, que nous souhaiterions aborder avec nos différents intervenants de cette journée.
Bien des questions concernant le métier enseignant (au sens large du terme, on pourrait dire des professionnels de l'éducation) sont à poser ou reposer. En voici quelques-unes, que nous souhaiterions aborder avec nos différents intervenants de cette journée.

 

 

Des enseignants qui changent l'école au quotidien

Le terme de « vocation » est-il toujours approprié pour les enseignants d'aujourd'hui ? Une carrière réussie au XXIe siècle, ce serait quoi ? Les enseignants continuent-ils à se situer dans un parcours des honneurs - de la banlieue vers le centre-ville, du collège vers le lycée ?

 

Quelle formation pour les enseignants ? Devenir enseignant, c'est passer de l'autre côté du bureau, faire face aux chaises et aux tables et à ceux qui les occupent, bon gré mal gré, plutôt qu'au tableau et à l'enseignant sûr de son savoir ; c'est gérer les difficultés voire l'échec des élèves à apprendre les savoirs qu'on maitrise, plutôt qu'éprouver le plaisir de savoirs nouveaux que l'on découvre : une vaste transformation identitaire forcément complexe. Si tout le monde s'accorde sur l'intérêt d'élever le niveau de qualification des jeunes enseignants, reste à en définir le contenu : quels sont les besoins des nouveaux enseignants arrivant dans les classes, mieux maîtriser leur discipline, avoir touché au monde de la recherche universitaire, ou bien avoir travaillé dès avant les concours des domaines des sciences de l'éducation, de la didactique des disciplines ?

 

Quels sont leur rapport à l'institution ? Qu'est-ce qu'un jeune enseignant attend de la part de sa hiérarchie, de son ministre ? Dans quelle mesure l'administration leur apparaît comme un soutien ou un frein à leur activité professionnelle ? Quel usage font-ils, pourraient-ils faire, de la « liberté pédagogique » qui leur est reconnue par la loi (Fillon 2004) ?

 

Même s'il faut bien faire son deuil de recettes trop simples pour faire face à des situations complexes de gestion de groupe ou de confrontation à des apprentissages nouveaux, les enseignants ne sont jamais démunis au quotidien. De quelles ressources disposent-ils pour agir face aux difficultés ? Comment s'y prennent-ils pour inventer, s'adapter à des contextes toujours différents, ajuster leurs pratiques à leur public ? On entre dans le métier, on commence chaque année scolaire plein d'ambition, comment tient-on la distance ?

 

 

Le changement passera aussi par l'institution

Si le métier enseignant est en constante évolution parce que chacun le réinvente tous les jours, si chaque enseignant s'efforce, d'une façon ou d'une autre, d'améliorer l'école, on peut penser qu'il faudra aussi passer par des évolutions institutionnelles.

 

Le vertige du temps suffit à convaincre qu'un décret datant de 1950, il s'agit bien sûr de celui définissant le service des enseignants de l'enseignement secondaire, est forcément bien mal adapté pour une école qui s'est considérablement transformée depuis. On conviendra de la nécessité d'intégrer dans les services des enseignants les multiples tâches au-delà de l'enseignement proprement dit, mais comment ? Un enseignant est-il aussi, ou surtout, voire d'abord un éducateur ? Faut-il prendre en compte, dans quelle mesure, les modalités particulières d'exercice ? Les collègues qui accueillent les élèves de Garges-lès-Gonesse ce matin (vendredi 20 février) font-ils le même métier que des enseignants de terminale dans le Ve arrondissement de Paris, qui à cette époque de l'année en sont parfois déjà à préparer l'entrée en CPGE ?

 

Si personne n'a jamais présenté les IUFM comme l'idéal en matière d'apprentissage du métier, répondre à la difficile question de la formation des enseignants en se focalisant sur la maîtrise de la discipline enseignée, en idéalisant l'apprentissage « sur le tas », dans l'illusion que l'acte d'enseigner ne serait que question de talent, augure bien des déconvenues aux futurs enseignants. Là aussi, c'est un vaste chantier dont nous devons nous emparer !

 

Tenir les deux bouts !

Il est illusoire de penser que l'on changera l'école en question uniquement par des menues actions du quotidien des enseignants ; mais il est tout aussi illusoire de penser que les textes réglementaires élaborés dans les cabinets suffiront par la magie de la loi à transformer l'école. Il faut tenir les deux bouts, l'école en a bien besoin pour devenir plus juste, plus efficace, plus démocratique.

 

Bien des questions que nous aborderons au cours de cette journée, sans réponses exclusives et définitives bien sûr, mais avec la conviction qu'il faut nous mêler du débat politique sur l'éducation.

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