Billet de blog 8 mai 2013

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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Porfirio, Alejandro Landes

Sur sa chaise roulante, Porfirio gagne quelques sous en vendant des minutes de son téléphone portable pendu à son cou. Ses journées passent en attendant que l’État lui verse enfin la pension qui lui est due.D’un fait divers qu’il découvrit un jour dans un journal, Alejandro Landes en fait une fiction, ou presque. Car à la limite du documentaire, le rôle titre de Porfirio est notamment joué par Porfirio.

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Sur sa chaise roulante, Porfirio gagne quelques sous en vendant des minutes de son téléphone portable pendu à son cou. Ses journées passent en attendant que l’État lui verse enfin la pension qui lui est due.

D’un fait divers qu’il découvrit un jour dans un journal, Alejandro Landes en fait une fiction, ou presque. Car à la limite du documentaire, le rôle titre de Porfirio est notamment joué par Porfirio. S’intéressant à son histoire, le cinéaste a voulu lui rendre hommage. Si ce personnage a été rendu public par la presse, c’est parce qu’il a tenté de détourner un avion pour Bogotá. Cet acte désespéré est l’aboutissement de l’histoire de Porfirio. Victime collatérale, il est atteint par des balles tirées par des policiers en 1991. En 2004, le conflit armé en Colombie le conduit à abandonner tout derrière lui pour rejoindre une ville voisine et ainsi survivre. Derrière son histoire, il est aisé d’apercevoir celle des « desplazados », personnes contraintes à abandonner leur lieu de vie tombé sous le joug des violences armées. La campagne colombienne depuis plusieurs décennies est marquée par ce terrible exode. On peut y voir également l’hommage à toutes ces populations civiles de par le monde qui sont les premières victimes des conflits armés dont les enjeux finaux souvent ne le concernent pas directement.

Illustration 1
© © Franja Nomo

Pour ce faire, Alejandro Landes a eu l’excellente idée de demander à Porfirio Ramirez Aldana de jouer son propre rôle. Sa seule présence suffit à raconter toute une histoire tue, par pudeur et respect. Le cinéaste choisit d’aller au plus près du personnage pour filmer son intimité et à travers elle révéler une sourde préoccupation intérieure. Chaque scène est filmée avec une méticuleuse attention, révélant la maîtrise parfaite de ce qu’on pu exprimer les peintres italiens de la Renaissance peignant des Christ en état de souffrance. Dès lors, paradoxalement Porfirio semble transcendé par son propre personnage qu’il « rejoue » (puisque le film est censé se passer à une époque révolue, ce fait bel et bien du film une fiction). Cette composition était en effet bien plus intéressante que le rôle décerné par la presse qui a résumé son existence sur une seule dénomination : celui de « pirate de l’air ». C’est bien tout l’intérêt du cinéma de finalement être en mesure par le biais de la fiction de témoigner du réel davantage que la presse quotidienne rapportant brièvement et presque aveuglément les actualités. C’est que d’un fait divers, Porfirio grâce à ce film a retrouvé la place qui était la sienne : celle d’un homme, en toute modestie, singulier.

Illustration 2
© 

Porfirio de Alejandro Landes

101 minutes. Colombie - Espagne - Uruguay - France, 2011.

Sortie en salles (France) : 8 mai 2013

Avec : Porfirio Ramirez Aldana (Porfirio), Jarlinsson Ramirez Reinoso (Lissin), Yor Jasbleidy Santos Torres (Jasbleidy)

Scénario : Alejandro Landes
Images : Thimios Bakatakis
Montage : Eliane D. Katz
Assistant réalisateur : Alejandro Ezpeleta
Musique : Leo Heiblum
Son : Raúl Locatelli, Lena Esquenazi
Scripte : Tomás Landes
Dir. artistique : Daniela Schneider
Production : Franja Nomo
Coproduction : Carmelita Films (Espagne), Campo Cine (Argentine), Control Z Films (Uruguay), Atopic (France)
Producteurs : Francisco Aljure, Alejandro Landes
Producteurs associés : Rubén Cabrera, Thomas Nickel
Coproducteurs : Francisco Aljure, Jorge Manrique Behrens, Maja Zimmerman, Nicolás Avruj, Diego Lerman, Fernando Epstein, Antoine Segovia, Christophe Gougeon
Directeur de production :
Gustavo Pazmín Perea
Distributeur français : Atopic
Vente internationale : ARRI World Sales

Atopic
16, rue Bleue
75009 Paris
Téléphone : +33 1 44 83 97 85
E-mail : atopic@atopic.fr
Site web : www.atopic-distribution.tumblr.com

Production
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Cra 1 Oeste #11-31, Apt 201
Cali – Colombie
Tél : +572 893 5542
Fax : +572 690 2222
francisco.aljure@gmail.com
www.porfiriofilm.com

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