Billet de blog 25 mai 2013

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

La Jaula de oro, Diego Quemada-Diez

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cannes 2013 : Un Certain Regard. Juan et son amie Sara, deux jeunes préadolescents, quittent leur Guatemala dans l’intention de rejoindre les États-Unis. En cours de route, ils rencontrent un jeune indien tzotzil de leur âge : Chauk.

La frontière entre deux pays et les difficultés inhumaines pour la traverser a été un des thèmes transversaux de plusieurs films programmés lors de cette édition cannoise 2013 avec des films comme The Immigrant de James Gray, L’Escale de Kaveh Bakhtiari, Omar d’Hany Abu-Assad. C’est le cas de ce premier long métrage de Diego Quemada-Diez dont le titre évoque le drame paradoxal supporté par les migrants. En effet, les États-Unis, objectif et finalité de ce long voyage que raconte le film, peut être considéré comme « La Jaula de oro » (littéralement : « La Cage dorée ») : si l’éclat de l’or (ou de l’argent) brille tel un phare à l’égard de migrants perdus dans une mer ballottée par les violences socioéconomiques rencontrées, ce métal précieux sert à enfermer, séparer des populations de part et d’autre d’une frontière physique.

Illustration 1
La Jaula de oro, Diego Quemada-Diez © Machete

Durant plusieurs années, le cinéaste a recueilli les témoignages de ces héros modernes mais anonymes que sont les migrants, qui bravent la mort à chaque instant, les dangers en tout genre et la prison dans le but d’accéder à une vie meilleure, pour eux et leurs proches qui n’ont pu partir. À l’heure où le libre-échange est le mot d’ordre d’une foi économique et sociale, il est plus que jamais nécessaire de s’intéresser aux réalités sociales qui en sont victimes. Car si les États-Unis envoient ses marchandises dans toute l’Amérique latine, il est impossible de répondre à ces éventuelles « cartes postales » en rendant visite à leur tour à ce pays prétendument ami. Et pourtant, c’est le choix des enfants de ce film, qui portent la voix de milliers d’autres migrants de tous âges. Le cinéaste a choisi de filmer ses personnages à leur hauteur, ce qui conduit à une grande proximité avec eux tout en donnant la sensation que ces enfants acquièrent vite une maturité qui dépasse leur âge. L’une des qualités intrinsèques de ce film est le regard profondément humaniste de son réalisateur. S’intéressant avec sincérité à ses personnages, il offre au spectateur la possibilité de partager leurs sensibilités. Il signe ainsi une chronique initiatique au bout de laquelle les personnages auront changé à jamais.

Si le western est conçu sur le principe du déplacement de pèlerins à la recherche d’une « terre promise » autour de la ruée vers l’or aux États-Unis au XIXe siècle, alors La Jaula de oro serait également un western, mais avec un déplacement du Sud vers le Nord. Diego Quemada-Diez en détourne intelligemment toutes les spécificités : l’attaque du train n’est pas faite pas de méchants Indiens, les cow-boys ne sont pas accueillants, lorsque la cavalerie (la police) arrive, on a tout à craindre d’elle et les héros sont à la fois des enfants et d’innombrables anonymes.

Illustration 2
La Jaula de oro, Diego Quemada-Diez © Machete

On retrouve dans La Jaula de oro un peu de l’univers de Ken Loach auprès de qui Diego Quemada-Diez a commencé à travailler, puisque tous deux partagent l’idée de témoigner d’une réalité sociale qui a perdu toute humanité, afin de la faire évoluer dans le monde réel à travers leur film. Avec modestie, le cinéaste se considère comme un passeur d’histoires (recueillies auprès des migrants). Et son talent de conteur est à cet égard remarquable, soutenue par une brillante équipe technique dont il faut mentionner la magnifique composition de l’image de María Secco. On part du vert de forêts luxuriantes où la vie se manifeste à travers chaque élément naturel, au jaune (de l’or ?) de paysages de plus en plus désertiques au fil de la progression vers le Nord.

Le train est un symbole lourd de sens de notre monde moderne en plus d’être réellement le moyen de locomotion des migrants. Ces trains transportent des marchandises et les êtres humains sont contraints à voyager clandestinement et dangereusement au-dessus des wagons. Les marchandises, selon les traités actuels du libre commerce, n’auront aucune peine à franchir des frontières : pour ce type de richesses, aucune frontière n’existe. De même, dans le western, le train est le symbole de la « civilisation » apportée à des zones et des populations sauvages. Comme si la culture humaine se construisait sur l’acquisition de biens matériels plutôt que des échanges, des rencontres entre êtres humains dans toute leur singularité et diversité. Décidément, La Jaula de oro ne cesse de rester un beau voyage dans la réflexion et la prise de conscience de chacun vis-à-vis de l’Autre.

La Jaula de oro Diego Quemada-Diez

102 minutes. Mexique - Espagne, 2013.

Avec : Brandon López (Juan), Rodolfo Domínguez (Chauk), Karen Martínez (Sara), Carlos Chajon (Samuel)

Scénario : Lucía Carreras, Gibrán Portela, Diego Quemada-Diez, d’après une histoire de Diego Quemada-Diez

Images : María Secco

Montage : Paloma López Carillo, Felipe Gómez

1er assistant réalisateur : Martín Torres

Musique : Jacobo Lieberman, Leo Heiblum

Son : Matías Barberis

Décors : Carlos Y. Jaques

Directeur artistique : Luis Figueroa

Maquillage : Iñaki Legaspi

Casting : Natalia Beristáin

Production : Machete Producciones, Animal de Luz Films, Kinemascope Films

Producteurs : Inna Payan, Edher Campos, Luis Salinas

Coproducteur : Diego Quemada-Diez

Distributeur : Pretty Pictures

Vente internationale : Films Boutique

Contacts :

Production

ANIMAL DE LUZ & MACHETE PRODUCCIONES

Inna Payan, Luis Salinas, Edher Campos

Av. Coyoacan 1120 int 4

Col. Del Valle

Mexico, CP 03100

Mexique

Phone: +52-55-5510-1952

T : +52-55-5568 9245

inna@animaldeluz.com

luis@macheteproducciones.com

www.lajauladeoro.com

Distribution

PRETTY PICTURES

T : + 33 (0) 1 43 14 10 02

anne-cecile@prettypictures.fr

www.prettypictures.fr

Ventes à l'étranger

FILMS BOUTIQUE SAS

T : +49 30 695 378 50

simon@filmsboutique.com

www.filmsboutique.com

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte