Billet de blog 2 mai 2023

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Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

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"Bardo, fausse chronique de quelques vérités" d'Alejandro González Iñárritu

Un célèbre journaliste et réalisateur de documentaires est de retour dans son Mexique natal après vingt ans d'absence où il est confronté à ses angoisses, ses doutes et ses contradictions.

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Diffusion sur la plateforme Netflix (France) depuis le 16 décembre 2022 : Bardo d'Alejandro González Iñárritu

Comme son protagoniste, Alejandro González Iñárritu est de retour au Mexique vingt ans après le succès d'Amours chiennes (Amores perros, 2000). Il se trouve en outre que Daniel Giménez Cacho au centre de cette histoire, est coiffé de la même manière que le cinéaste et que plusieurs problématiques abordées dans ce scénario original lui appartiennent également, ce qui fait de ce film une autofiction où les fréquents recours à l'onirisme et le surréalisme des situations servent à plonger dans une psyché personnelle à l'instar de 8 ½ de (1963) Fellini même s'il s'agit là du septième long métrage du cinéaste mexicain. Comme pour Birdman (2014), le film est également coécrit avec son scénariste Nicolás Giacobone dont il partage la complicité depuis Biutiful (2010), passant de la vision chorale de Guillermo Arriaga, à des parcours autocentrés de personnages qui intériorisent la folie du monde qui les entoure.

Illustration 1
Bardo, fausse chronique de quelques vérités Bardo, falsa crónica de unas cuantas verdades d'Alejandro González Iñárritu © Netflix

L'onirisme et l'introspection sont ici mis en scène à travers les excès spectaculaires de Fellini associés aux sollicitations transgénérationnelles et surréalistes d'Alejandro Jodorowsky. La caméra du génie de la photographie Darius Khondji sert ici les ambitions visuelles du cinéaste qui enchaîne les plans-séquences aux prouesses toujours plus impressionnantes et impliquant un nombre de figurants renvoyant à l'âge d'or du cinéma de studio hollywoodien. Ainsi, cette plongée psychanalytique du cinéaste, plus qu'un autoportrait intime, est un acte flamboyant de retour au Mexique à l'instar de son collègue et ami Alfonso Cuarón qui réalisa Roma (2018) sur un sujet autobiographique.

La démonstration de la maîtrise cinématographique est toujours à l'œuvre ici avec l'envie sincère de plonger dans les problématiques sociales du Mexique contemporain mais hélas en l'absence de profondeur des analyses car le regard du cinéaste reste toujours vertical et autocentré. Le film a beau être réalisé avec génie, il manque un fond à développer de manière plus conséquente pour rendre plus perspicaces et complexes ses problématiques. Bardo est ainsi à mille lieues d'Amours chiennes dans son rapport viscéral à la société mexicaine autour de la violence de la séparation de ses classes sociales. Un film indépendant et assurément sincères dans ses intentions qui permet de continuer à connaître Alejandro González Iñárritu dans la force de ses narrations mais qui a force de jouer les ogres par la voracité de sa mise en scène, en vient à créer une œuvre qui se dévore elle-même.

Bardo, fausse chronique de quelques vérités
Bardo, falsa crónica de unas cuantas verdades
d'Alejandro González Iñárritu
Fiction
159 minutes. Mexique, 2022.
Couleur
Langues originales : anglais, espagnol

Avec : Daniel Giménez Cacho (Silverio), Griselda Siciliani (Lucia), Ximena Lamadrid (Camila), Íker Sánchez Solano (Lorenzo), Luis Couturier (Lisandro), Luz Jiménez (Maria), Andrés Almeida (Martin), Clementina Guadarrama (Hortensia), Jay O. Sanders (l'ambassadeur Jones), Francisco Rubio (Luis), Noé Hernández (El Ajolote), Fabiola Guajardo (Tania), Ivan Massagué (Hernan Cortes), Luis Gnecco (le représentant du gouvernement à la soirée d'hommage), Grantham Coleman (le reporter de CNN), Daniel Damuzi (Antonio (le chauffeur, Jerónimo Guerra (Lorenzo à 6 ans), Camila Flamenco (Cloe), Nora del Águila (Susana), Ivo Rivas (le neveu), Ofelia Garcia (la grand-mère), Diana Vizcaya (la femme qui est tombée), José Antonio Toledano (Juan Escutia), Pedro Damián (Pedro), Montserrat Marañon (Marta), Ruben Zamora (le frère de Silverio), Luciana Silveyra (Adriana), María Inés Pintado (Marcela), Carolina Politi (Claudia), Eduardo de la Vega (Pablo Galindo), Jorge Gidi (le beau-frère), Grace Shen, Omar Leyva, Roberto Cavazos, Frida Astrid, Steve Kisicki, Carlos Corona, Meteora Fontana, Guillermo Treistman, Mar Carrera, Martha Lourdes Barbosa, Rebeca Torres, Marian Franco, Drianyiht Pabon
Scénario : Alejandro González Iñárritu et Nicolás Giacobone
Images : Darius Khondji
Montage : Alejandro G. Iñárritu, Monica Salazar
Musique : Bryce Dessner et Alejandro González Iñárritu
Décors : Eugenio Caballero
Costumes : Anna Terrazas
Casting : Luis Rosales
Scripte : Natalia Moguel
Production : Alejandro González Iñárritu et Stacy Perskie
Production associée : Natalia Gonzalez
Sociétés de production : Estudios Churubusco, Redrum
Société de distribution : Netflix

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