Pas de paradis terrestre sans cohésion sociale

Au cinéma à partir du 4 février 2015 : Le Paradis de Sandra, de Marianne Roussy

 © Les Films du Voilier © Les Films du Voilier

Au cinéma à partir du 4 février 2015 : Le Paradis de Sandra, de Marianne Roussy

En périphérie de Bogota, des bidonvilles se sont développés depuis plusieurs décennies accueillant dans des habitats d’infortune des populations villageoises fuyant les massacres perpétrés dans l’arrière-pays. Pour son premier long métrage documentaire, Marianne Roussy, qui a travaillé jusque-là en tant qu’ingénieur du son sur plus d’une trentaine de films depuis les années 1990, s’intéresse à « El Paraiso » et à l’une de ses figures les plus actives dans l’espace public : Sandra Liliana Sanchez. Cette jeune femme de 22 ans au moment du tournage est à l’origine d’une maison de quartier où sont accueillis les enfants et les personnes âgées parmi les plus démunis. Ce lieu sert aussi bien à se nourrir qu’à lutter contre l’isolement et la solitude. Depuis l’année 2000, ce lieu est géré par la fondation Oasis qui développe plusieurs projets autour du soutien aux populations les plus jeunes et les plus âgées d’El Paraiso. Lors du tournage, le dernier projet en date consistait à mettre en valeur une ferme à la campagne où les personnes âgées étaient invitées à produire une agriculture écologique. Le documentaire de Marianne Roussy est sans conteste un vibrant hommage à Sandra Liliana Sanchez et à travers elle à toutes celles et ceux qui au niveau local s’activent pour maintenir et faire vivre leur communauté. La cohésion sociale n’est plus à attendre d’en haut, du côté des politiques marquées dans les années 2000 en Colombie par le scandale de la révélation de la « narcopolitique » ou comment l’argent de la drogue contrôle et dirige la politique de tout un pays. Dans ces bidonvilles, ces Colombiens oubliés des responsables politiques sont ici en mesure de prendre leur destin en main. Les Cahiers de Medellin de Catalina Villar en 1998 témoignait déjà de l’engagement d’un professeur d’école pour sortir les enfants d’un bidonville de la spirale de la violence. Ici, Sandra Liliana Sanchez est une simple citoyenne qui ne pouvait plus supporter la souffrance autour d’elle et a décidé d’agir.

Situé sur les hauteurs de la capitale colombienne, le quartier d’El Paraiso domine la ville, ce qui lui vaut cette domination chrétienne. Pour autant, Sandra est déterminée à ne pas se satisfaire de l’ordre social établi par une minorité de privilégiés : le paradis peut aussi avoir lieu sur terre et sans chercher à atteindre le confort d’autres parties de la population de Bogota, l’enjeu est de transformer de la précarité et du danger sanitaire en une vie sociale durable.

Marianne Roussy et son équipe technique accompagnent la démarche de Sandra Liliana Sanchez pour mieux la faire connaître au-delà d’El Paraiso. Avec humilité et simplicité, tel est l’enjeu de ce documentaire. Inutile d’attendre une investigation socio-économique interrogeant des responsables politiques, des universitaires, de économistes, des sociologues pour comprendre la situation sociale en Colombie : Marianne Roussy a préféré avec sincérité approcher le rêve d’une jeune femme engagée dans la société et sa réalité locale. Une expérience qui ne peut qu’être encouragée et dont les enjeux permettent de réfléchir de par le monde le sens de l’action politique et citoyenne.

 

 

Le Paradis de Sandra

de Marianne Roussy

Documentaire

74 minutes. France, 2008.

Couleur

Langue originale : espagnol

Avec : Sandra Liliana Sanchez et les habitants du quartier El Paraiso à Bogota (Colombie)

Scénario : Marianne Roussy

Images : Jacques Pibarot

Montage : Steve Moreau

Musique : Olivier Pain-Hermier

Son : Miller Castro

Production : Les Films du Voilier

Producteur : Steve Moreau

Coproductrice : Marianne Roussy

Distributeur (France) : Les Films du Voilier

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.