Billet de blog 3 févr. 2022

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"La Déesse de l’asphalte" (La Diosa del asfalto) de Julián Hernández

Dans les années 1980, dans le quartier défavorisé de Santa Fe de la ville de Mexico, un gang d’adolescentes tente de survivre face à la violence omniprésente et aux familles déstructurées.

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Sortie DVD : La Déesse de l’asphalte de Julián Hernández

Inspiré de faits réels, celui du groupe appelé les Castratrices de Santa Fe en raison de sa pratique de l’autodéfense contre la violence endémique des hommes à l’égard des femmes, La Déesse de l’asphalte (La Diosa del asfalto), le nouveau film de Julián Hernández vient dénoncer une violence conséquentes de circonstances économiques et sociales. Ces jeunes filles se retrouvent abandonnées par leur famille lorsqu’elles ne sont pas frappées ou violées par leur beau-père alors que leur propre mère reste aveugle à ce qui se passe. Pour ces adolescentes, la constitution de bandes au look de rockeuses punk est un moyen incontournable d’auto-défense face à la menace qui les entoure où la police n’intervient que pour au final abuser d’elles.

"La Déesse de l’asphalte" (La Diosa del asfalto) de Julián Hernández © Optimale

Dans ce quartier de Santa Fe situé près des décharges à ciel ouvert de la ville de Mexico, le réalisateur Julián Hernández présente le quotidien d’une population périphérique mise en marge des centres de pouvoir. Aujourd’hui ce quartier est devenu, comme La Défense à Paris, un important centre d’affaires après que toute la population en a été délocalisé. Faire ce film quarante ans plus tard, c’est aussi renouer avec une mémoire effacée par l’histoire officielle, ce qui donne une touche particulièrement politique à ce film.

En revanche, Julián Hernández est connu depuis les années 1990 avec ses premiers courts métrages et ensuite comme un réalisateur à l’esthétique romantique d’une grande précision comme dans Mil nubes (2003). Il semble choisir un tout autre chemin ici, souvent maladroit en terme de mise en scène, en abandonnant l’expérimentation au profit du mélodrame assumé, dans un mix entre Los Olvidados de Luis Buñuel et une telenovela. Car la grande faiblesse du film se trouve dans le jeu hyper excessif des actrices qui empêchent de plonger dans le réalisme social ni même dans des excès vintage à la manière d’Almodóvar. De même, le film aurait mérité un meilleur travail de montage pour offrir un nouveau rythme et réduire la durée du film. Contrairement à sa pratique habituelle, Julián Hernández ne signe pas son scénario, comme délaissant cette partie de la réalisation qui lui aurait pourtant permis de s’approprier davantage le film.

La Déesse de l’asphalte
La Diosa del asfalto
de Julián Hernández
Avec : Ximena Romo (Max), Mabel Cadena (Ramira), Nelly González (Carcacha), Samantha Orozco (Sonia), Axel Arenas (Pancho), Esteban Caicedo (Verrugas), Paulina Goto (Muñeca), Raquel Robles (La Tuca), Baby Batiz (elle-même), Pascacio López (Casiano), Juan Carlos Torres (le policier), Javier Oliván (Pitirijas), Claudia Lobo (Esperanza), Giovanna Zacarías (Clara), Jimena Mancilla (La Gata), María Balam (Zenaida), Fernanda Huerta (Jaina), Karla Cruz (Candela), Daphne Keller (Meco), Jesica Vite (China), Elena Gore (Boa), Irbin Corona (Jodas), Kobayashi Rétiz (Beto), Rafa Farías (Güicho), Alphonso Escobedo (Blondy), Diego Ramora (Cordo), Renato Gómez Martínez (Quintero), Norma Pablo (Sanjuana), Imix Lamak (Ramón), Maximiliano Uribe (César / le frère de Max), Baltimore Beltran (Teporocho), Julio Cesar Luna (Teporocho), Mauro González (le policier), Marcelo Ceron (Seven), Christian Cortés, Eder Bonilla, Diana Santísima Kitsch, Rodrigo Morales, Juan Luis Medina, Fer Fux, Raúl Fuentes, Alejandra Herrera, Edgar Landa, Raquel Robles, Salvador Álvarez, Salvador Álvarez
Mexique, 2020.
Durée : 126 min
Sortie salles (France) : inédit
Sortie France du DVD : 15 juin 2021
Format : 1,78 – Couleur
Langue : espagnol - Sous-titres : français.
Éditeur : Optimale

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