Billet de blog 3 juil. 2021

"Double destinée" (La Otra) de Roberto Gavaldón

María, manucure sans le sou qui doit subir le harcèlement de ses clients masculins, jalouse sa sœur jumelle veuve d’un millionnaire. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour satisfaire son attrait d’une vie luxueuse ?

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"Double destinée" (La Otra) de Roberto Gavaldón © Les Films du Camélia

Festival International du film de La Rochelle 2021 : Double destinée de Roberto Gavaldón

Dans ce film réalisé par Roberto Gavaldón, le plus ancien de la sélection des films de la rétrospective qui lui est consacré cette année à La Rochelle, une femme est à nouveau la protagoniste d’un film noir pour dénoncer implicitement le peu d’alternatives laissées à la moitié de l’humanité dans une société patriarcale. Dans cette histoire de sœurs jumelles, ce sont deux destinées féminines dont les classes sociales opposées hiérarchiquement se rejoignent dans les finalités criminelles autour de l’illusion de pouvoir s’émanciper du pouvoir des hommes. Si l’issue est tragique, les personnages féminins ne sont pas moins actifs dans leurs prises de décisions, ce qui confère au récit un ton singulier et inédit, surtout en comparaison avec les films noirs américains de la même époque où les personnages féminins sont réduits dans la très grande majorité des cas au statut de faire-valoir masculin. Ici, les personnages masculins sont secondaires et ne font nullement avancer l’intrigue, l’enjeu du récit consistant à réaliser un portrait psychologique ainsi qu’un reflet cruel de la société mexicaine. Dolores del Río plonge avec plaisir dans ce rôle en accentuant dans son jeu tous les mouvements mélodramatiques de circonstance.

Quant à Roberto Gavaldón, il initie une fructueuse collaboration avec le chef opérateur Alex Philipps très inspiré par les jeux d’ombres propres au film noir ainsi qu’à l’infinie manière d’utiliser les miroirs dans une histoire de reflets entre sœurs jumelles. Le final du film avec les ombres, la profondeur de champ et la thématique de l’emprisonnement est d’une beauté absolue venant brillamment conclure le récit.  

Double destinée
La Otra
de Roberto Gavaldón
Fiction
101 minutes. Mexique, 1946.
Noir & Blanc
Langue originale : espagnol

Avec : Dolores del Río (Magdalena Montes de Oca / María Méndez), Agustín Irusta (Roberto González), Víctor Junco (Fernando), José Baviera (De la Fuente), Manuel Dondé (l'agent Vilar), Conchita Carracedo (Carmela)
Scénario : Roberto Gavaldón, José Revueltas d'après le roman de Rian James
Images : Alex Philipps
Montage : Charles L. Kimball
Musique : Raúl Lavista
Son : James L. Fields
Décors : Gunther Gerzso
Maquillage : Ana Guerrero
Coiffure : Juana Lepe
Production : Mauricio de la Serna, Jack Wagner pour Producciones Mercurio
Distributeur (France) : Les Films du Camélia

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