Pour une histoire de la découverte de l’Ancien Monde

Sortie livre : D’Amérique en Europe. Quand les Indiens découvraient l’Ancien Monde (1493-1892), d’Éric TaladoireSi la prétendue et controversée « découverte » des Amériques (européocentrisme selon lequel l’Amérique n’existe qu’à partir du moment où les Européens en prennent conscience) fut à l’origine de nombreux sujets de livres, films (fictions et documentaires), gravures, peintures, etc., elle est effectivement associée au regard européen. Qu’en est-il de la découverte par ceux que l’on a appelés « Amérindiens » de l’Ancien Monde ?

Sortie livre : D’Amérique en Europe. Quand les Indiens découvraient l’Ancien Monde (1493-1892), d’Éric Taladoire

Si la prétendue et controversée « découverte » des Amériques (européocentrisme selon lequel l’Amérique n’existe qu’à partir du moment où les Européens en prennent conscience) fut à l’origine de nombreux sujets de livres, films (fictions et documentaires), gravures, peintures, etc., elle est effectivement associée au regard européen. Qu’en est-il de la découverte par ceux que l’on a appelés « Amérindiens » de l’Ancien Monde ? C’est la question que se pose l’un des spécialistes français de l’aire culturelle mésoaméricaine, professeur émérite en archéologie précolombienne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Éric Taladoire. Cette problématique n’ayant guère été traitée auparavant, l’auteur s’est attelé à la lourde et patiente tâche de recenser toutes traces dans les archives du passage en Europe, en Asie ainsi qu’aux Philippines des « Indiens d’Amérique ». La démarche est colossale et s’avère être le fruit de longues recherches dans des archives issues des quatre coins du monde. Ce recensement s’étale au fil des pages de cet ouvrage, en n’ajoutant aucune extrapolation. On ne peut que saluer la rigueur scientifique du spécialiste qui tente avec générosité d’ouvrir un nouveau terrain de travail aux chercheurs dont les analyses ne peuvent être que fécondes.

L’intérêt déontologique de cet ouvrage est de redonner une place de sujet agissant à ceux que d’aucuns ont abusivement réduit au statut de « victimes passives de la Conquête ». Ceci ne dénie nullement la réalité de crimes contre l’humanité durant la conquête, de situations ethnocidaires (pour reprendre le concept développé par l’anthropologue Robert Jaulin). À la nostalgie de civilisations disparues, Éric Taladoire préfère se confronter à l’histoire des transformations culturelles qui conduisent à redéfinir de nouvelles manifestations culturelles, métissées comme en atteste Serge Gruzinski. Ces traits culturels se retrouvent encore dans la société d’aujourd’hui, des légumes et plantes diverses complètement intégrées à l’Ancien Monde, comme les langues d’origines précolombiennes toujours en usage, qu’il s’agisse du nahuatl ou du quechua, pour ne citer que quelques exemples notables en linguistique. Ce qui conduit à établir des liens directs entre passé et présent, la connaissance de l’une profitant à l’autre et réciproquement.

 

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D’Amérique en Europe

Quand les Indiens découvraient l’Ancien Monde (1493-1892)

d’Éric Taladoire

 

France, Paris, 2014.

Nombre de pages : 288

Date de sortie (France) : 5 juin 2014

Éditeur : CNRS Éditions

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