"La Nuit avance" (La Noche avanza) de Roberto Gavaldón

Marcos, champion incontesté de pelote basque, est un homme extrêmement orgueilleux manipulant sans aucun scrupule les femmes qu’il séduit, jusqu'au jour où il se trouve pris à parti avec des criminels qui ne sont pas forcément les personnes les plus dangereuses pour lui.

"La Nuit avance" (La Noche avanza) de Roberto Gavaldón © Les Films du Camélia "La Nuit avance" (La Noche avanza) de Roberto Gavaldón © Les Films du Camélia
Festival International du film de La Rochelle 2021 : La Nuit avance de Roberto Gavaldón

Dans cette nouvelle exploration du cinéma de Roberto Gavaldón au festival de La Rochelle, c’est un personnage masculin qui est au centre de ce film noir afin de démontrer la déliquescence du patriarcat fondé sur l’orgueil, la manipulation et le mensonge. Le sujet est d’autant plus social que la morale se construit sur le cheminement punitif d’un homme condamné par ses péchés d’orgueil à fouler du pied les valeurs identitaires de l’idéal révolutionnaire et socialiste mexicain : l’intrigue se situe ainsi de manière très subtile au Frontón México qui accueille les matchs populaires de pelote basque et qui fait face au Monument de la Révolution qui constitue de manière extrêmement significative le dernier plan du film.

Tous les personnages masculins sans la moindre exception, jusqu’à la crédulité complice des policiers protégeant un homme de pouvoir, sont abjects par leurs choix, leurs compromissions dans ce film résolument noir. C’est à ce titre que le scénario constitue une fois encore chez Roberto Gavaldón une dénonciation implicite du pouvoir patriarcal coercitif de l’organisation sociale mexicaine.

Dans le rôle du méprisant et orgueilleux champion de pelote basque, Pedro Armendáriz, star de l’âge d’or du cinéma mexicain, excelle dans ses outrances de jeu à construire un personnage veule que l’on aime à haïr tout en s’inquiétant pour lui dans la troisième partie du film où l’intrigue criminelle se densifie.

Si la photographie de Jack Draper ne touche pas au sublime d’Alex Philipps et Gabriel Figueroa, fidèles complices des films de Roberto Gavaldón, elle n’en est pas moins soignée, prenant ses distances avec l’esthétique expressionniste du film noir, afin de proposer plus modestement des cadres qui ne cessent de manifester la division entre les personnages, illustrant une communauté d’individus qui ont trahi le pacte social très vivace dans le nationalisme mexicain triomphant de l’époque.

 

La Nuit avance
La Noche avanza
de Roberto Gavaldón
Fiction
85 minutes. Mexique, 1951.
Noir & Blanc
Langue originale : espagnol

Avec : Pedro Armendáriz (Marcos Arizmendi), Anita Blanch (Sara), Rebeca Iturbide (Rebeca Villarreal), Eva Martino (Lucrecia), José María Linares-Rivas (Marcial), Julio Villarreal (Sr. Villarreal), Armando Soto La Marina (Chicote), Juan García (un homme de main de Marcial), Carlos Múzquiz (Armando Villarreal), Wolf Ruvinskis (Bodoques), Francisco Jambrina (Luis), Roberto Y. Palacios (Li Chan), Margarito Luna (un homme de main de Marcial), Luis Mussot (le médecin), José Torvay (un policier), Pedro Andrinúa, Ignacio Echeverría, Gabriel De Pablo, José María Urrutia, Aquiles Elorduy, Jaime Inchandurrieta, Paco Úbeda, Carlos Riquelme

Scénario : Jesús Cárdenas, Roberto Gavaldón et José Revueltas d'après une histoire de Luis Spota
Images : Jack Draper
Montage : Charles L. Kimball
Musique : Raúl Lavista
Décors : Edward Fitzgerald
Production : Mier y Brooks
Producteurs : Óscar J. Brooks, Felipe Mier
Distributeur (France) : Les Films du Camélia

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