Billet de blog 7 oct. 2021

Biarritz 2021 : "Capitu e o capítulo" un film de Júlio Bressane

Une adaptation libre du livre de Machado de Assis, "Dom Casmurro" (1900), par le cinéaste brésilien, Júlio Bressane, grande figure du cinéma de la marge qui s’impose d’abord en opposition au Cinema Novo.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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"Capitu e o capítulo" de Júlio Bressane © TB Produções

Film de la compétition long métrage fiction de la 30e édition du Festival Biarritz Amérique Latine 2021 : Capitu e o capítulo de Júlio Bressane

Au sein d’une programmation à Biarritz qui met en valeur la diversité des formes de mise en scène et de narration, le cinéaste brésilien Júlio Bressane fait figure de père tutélaire de toute une frange du cinéma de la marge et de l’indépendance pour explorer une expression en dehors des courants dominants. C’est ainsi l’opportunité de (re)découvrir un cinéaste qui a commencé à faire des films personnels malgré la violence de la censure durant la dictature brésilienne, adoptant des récits métaphoriques dont le sens ne cesse de se réapproprier en fonction des conditions de projection.

Le choix d’adapter le roman Dom Casmurro (1900) de Machado de Assis ne participe pas nullement à se contenter d’illustrer et de rendre hommage au patrimoine de la culture littéraire brésilienne, puisque Júlio Bressane s’intéresse ici davantage aux chocs qui se déroulent dans les liens entre chaque chapitre, en mettant au centre un personnage féminin, Capitu, plutôt que le héros initial de l’écrivain. Dans une mise en scène d’intérieurs, en costumes et aux mots de la haute société dictés avec saveur, le film apparaît bien inspiré par le cinéma de Manoel De Oliveira où les époques du tournage et du récit sans cesse dialoguent, tout comme les différents arts, qu’il s’agisse du cinéma, du théâtre, de l’opéra, de la danse, de la peinture, de la musique, sans oublier bien évidemment la littérature.

Le film prend chair dans le personnage féminin de Capitu, qui assume dans une profonde modernité ses désirs alors que le protagoniste masculin, fort de l’héritage patriarcal se trouve en même temps engoncé tel un moribond dans un cadre social pétrifié où il ne peut ni évoluer ni respirer. Le rapport entre les genres est alors subtil et passe aussi bien dans le jeu plus libre des corps des actrices appuyées par leurs costumes que dans le montage d’un récit qui tourne en dérision les choix des personnages masculins repus de leur pouvoir social.

L’auteur du récit est lui-même incarné devant la caméra pour créer un lien ludique et critique vis-à-vis de l’œuvre initiale, le cinéaste affirmant ainsi avec force sa dimension d’auteur pleine et entière. Un film qui rappelle à quel point la lumière peut venir de l’intérieur des êtres comme des espaces.

Capitu e o capítulo
de Júlio Bressane
Fiction
78 minutes. Brésil, 2021.
Couleur
Langue originale : portugais

Avec : Mariana Ximenes, Enrique Diaz, Vladimir Brichta, Djin Sganzerla, Saulo Rodrigues, Josie Antello, Cláudio Mendes
Scénario : Júlio Bressane
Images : Lucas Barbi 
Montage : Rodrigo Lima
Son : Damião Lopes 
Décors : Fernando Romero
Production : TB Produções
Producteurs : Tande Bressane, Bruno Safadi

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