Paranoïa sociale dans les gated community

Entretien avec Benjamín Naishtat, réalisateur du film Historia del miedoDans les salles de cinéma à partir du 5 novembre 2014.Dans un quartier privé, les résidents sont isolés du reste de la ville. Ce qui n’empêche pas l’extérieur de se manifester d’une manière ou d’une autre, alimentant les sources de peur au plus profond de chacun. La peur pourrait être le personnage principal dans ce film choral où chacun se voit confronté à des phénomènes plus ou moins étranges. Confrontant les genres, le film pourrait être le résultat de la rencontre entre le cinéma de Lucrecia Martel (La Ciénaga, La Femme sans tête) et celui de John Carpenter (Invasion Los Angeles, Halloween). Au centre du récit, les Gated Communities (quartiers résidentiels dont l’accès est contrôlé) se développent avec une forte croissance dans le monde entier. Cinéphile, le cinéaste joue avec les codes de différents genres, allant du thriller au film d’horreur, sans pour autant jamais s’identifier totalement à l’un d’eux. Le film est à la fois une réflexion sur la société contemporaine et une mise en perspective des émotions qui nous habitent en tant que spectateurs.

Entretien avec Benjamín Naishtat, réalisateur du film Historia del miedo

Dans les salles de cinéma à partir du 5 novembre 2014.

Dans un quartier privé, les résidents sont isolés du reste de la ville. Ce qui n’empêche pas l’extérieur de se manifester d’une manière ou d’une autre, alimentant les sources de peur au plus profond de chacun. La peur pourrait être le personnage principal dans ce film choral où chacun se voit confronté à des phénomènes plus ou moins étranges.

Confrontant les genres, le film pourrait être le résultat de la rencontre entre le cinéma de Lucrecia Martel (La Ciénaga, La Femme sans tête) et celui de John Carpenter (Invasion Los Angeles, Halloween). Au centre du récit, les Gated Communities (quartiers résidentiels dont l’accès est contrôlé) se développent avec une forte croissance dans le monde entier. Cinéphile, le cinéaste joue avec les codes de différents genres, allant du thriller au film d’horreur, sans pour autant jamais s’identifier totalement à l’un d’eux. Le film est à la fois une réflexion sur la société contemporaine et une mise en perspective des émotions qui nous habitent en tant que spectateurs.

 © Laura Morsch-Kihn assistée de Yuri Martinez © Laura Morsch-Kihn assistée de Yuri Martinez
 

L’envie de faire ce premier long métrage est-il parti de la volonté de présenter les gated community ?

Benjamín Naishtat : Il ne s’agit pas d’un film sur les gated community. C’est un peu par hasard que ces quartiers sont arrivés dans mon récit alors que j’étais en train d’écrire le scénario. Mon intérêt pour eux est venu de mon travail, durant un mois, en tant qu’assistant auprès de l’artiste français Alexandre Maubert autour d’une installation vidéo dans un quartier privé (gated community). Si ces lieux sont assez banals, ils sont d’un point de vue visuel paradoxal. Ce lieu ne peut être un sujet en soi : ce qui importe, c’est ce qui se passe entre les personnages, les tensions qui apparaissent entre eux.

 

Tu joues beaucoup avec les codes du cinéma de genre, entre films de zombies, d’horreur, etc.

B. N. : C’était en effet une stratégie d’écriture. Cela permettait de mettre en avant la tension entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. J’ai ainsi beaucoup accordé d’attention au travail sonore du film ainsi qu’à la manière de cadrer les scènes, ce que je montre et ce que je ne montre pas.

 

Peux-tu parler de cet étrange personnage qu’est Camilo et qui dirige la peur des autres à travers des jeux, filmant avec une caméra et ayant une grande ascendance sur sa propre mère ?

B. N. : Je trouve ce personnage intéressant parce qu’il croit toujours être au-dessus des autres, jouant aisément avec la provocation ; mais lorsqu’il se retrouve lui aussi dans le noir, il doit faire face à ses propres préjugés. Ce n’est pas parce que l’on a une formation intellectuelle développée que cela offre une morale irréprochable ou supérieure aux autres. J’aime en outre jouer dans mon film avec les vidéos qu’il réalise.

 

 © Shellac © Shellac

Le film est aussi, à travers de nombreuses références cinématographiques, une opportunité pour confronter le spectateur à ses propres peurs.

B. N. : Nous avons tous été en tant que spectateurs baignés par les images dès notre plus jeune âge. Dès lors, ce n’est pas anodin, lorsque mes personnages sont confrontés à la peur, qu’ils vivent davantage face des ambiances proches de films de genre que la réalité même du monde.

 

Ce qui se passe entre les personnages de ce film est-il selon toi transposable à d’autres pays ?

B. N. : En effet car il y a actuellement de moins en moins de problèmes locaux dans le monde où tout est partagé. Historia del miedo n’est donc pas seulement un film sur une banlieue de Buenos Aires.

 

Propos recueillis Toulouse en mars 2014 lors de la présentation du film en compétition officielle.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.