Billet de blog 8 juil. 2022

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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En VoD sur UniversCiné : "La Toile de l'araignée" (Araña) d'Andrés Wood

Une femme d'affaire influente dans la société chilienne actuelle reconnaît un homme arrêté après avoir assassiné un jeune voleur de sac à mains. Elle appartenait avec lui au groupe d'extrême droite Patria y libertad à l'époque de la présidence de Salvador Allende.

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Diffusion sur la plateforme UniversCiné (France) : La Toile de l'araignée d'Andrés Wood

Le réalisateur de Mon ami Machuca (2004) et Violeta (2011) se plonge à nouveau avec La Toile de l'araignée (Araña) dans l'histoire du Chili qui précède le coup d'État de 1973 pour mieux en comprendre à la fois les prémices mais encore les continuités dans le Chili contemporain qui voit apparaître de nouvelles vagues de racisme, notamment à l'égard de la communauté haïtienne. Le scénario est construit sur l'existence réelle du groupuscule paramilitaire Patria y Libertad financé par la CIA dans le but de déstabiliser le pays durant la présidence d'Allende. Leur activité a notamment été visible avec leur participation au premier coup d'État en juin 1973 qui a échoué mais aussi à l'assassinat d'Arturo Araya, l'aide de camp d'Allende. Une fois Pinochet au pouvoir, ce groupe a été dissous et intégré au sein de la dictature elle-même. En faisant des allers et retours permanents entre passé et présent, Andrés Wood rappelle que les membres de ce groupe terroriste d'extrême droite se retrouvent toujours à des postes influents dans le Chili actuel avec ses nouvelles expressions d'intolérance et de racisme.

"La Toile de l'araignée" (Araña) d'Andrés Wood © Wood Producciones

La construction du film rappelle beaucoup celle qui avait fait le succès de Dans ses yeux (El secreto de sus ojos, 2009, Juan José Campanella) avec la même dénonciation de l'arrivée progressive de la dictature. Cette fois-ci, l'histoire d'amour qui lie deux personnages sur deux époques est très trouble, puisque les protagonistes sont du mauvais côté et que leur attraction réciproque ne peut plus être approchée de manière romantique et en faire le moteur de l'histoire. L'amour entre les deux membres du groupe extrémiste met plutôt en avant une relation à la fois morbide et funeste, à l'image de leur idéologie. Ce parti pris est d'autant plus important qu'il s'agit pour le réalisateur de rappeler l'actualité d'une partie de la société chilienne encore attirée par les mirages de l'extrême droite et de la dictature de Pinochet, comme en témoigne avec horreur la première scène où un jeune voleur de sac à main volontairement écrasé contre un mur par un chauffeur est applaudi comme un héros par de nombreuses personnes dans la rue.

Le sujet du film est d'autant plus pertinent qu'il permet de découvrir l'instauration lente et sournoise de la dictature à venir au Chili, en interrogeant avec perspicacité les tentations extrémistes d'une population civile à toute époque. Le film est réalisé avec soin, avec des acteur.trices investi.es dans leur rôle et un montage signé Andrea Chignoli toujours d'une efficacité redoutable. Ce film qui devait être distribué en salles en juillet 2020 et auparavant faire la clôture du festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse en mars 2020, s'est retrouvé sans diffusion en salles de cinéma suite à la pandémie mondiale et retrouve à présent une ultime opportunité de diffusion avec la plateforme UniversCiné dédiée aux cinéma d'art et d'essai.

La Toile de l'araignée
Araña
d'Andrés Wood
Fiction
102 minutes. Chili, Argentine, Brésil, 2019.
Couleur
Langues originales : espagnol, allemand, haïtien

Avec : Mercedes Morán (Inés), María Valverde (Inés, jeune), Marcelo Alonso (Gerardo), Pedro Fontaine (Gerardo, jeune), Gabriel Urzúa (Justo, jeune), Felipe Armas (Justo), Caio Blat (Antonio), María Gracia Omegna (Nadia), Mario Horton (José), Sergio Piña (docteur Ferrara), Jaime Vadell (Don Ricardo), Martín Salcedo (Martín), Rodrigo Pardow (le professeur de football), Matías Burgos (le jeune voleur), Herman Heyne (l'inspecteur), Mauricio Roa (le chef du PDI), Eduardo Burlé (Vergara), Patricia Cuyul (Olga), Pablo Greene (un invité à la fête d'Ines), Paula Luchsinger (une invitée à la fête d'Ines), Maria Olga Matte (la journaliste), Luís Moreno (l'assistant du psychiatre), Jaime Omeñaca (le photographe), Ignacia Uribe (Paola), Hernán Vallejo (le juge), Catalina Vallejos (Rebeca), María Josefa García, Carolina Chacón, Álvaro Morán, Serge Santana
Scénario : Guillermo Calderón, Andrés Wood
Images : Miguel Joan Littin-Menz
Montage : Andrea Chignoli
Directeur artistique : Rodrigo Bazaes
Casting : Roberto Matus
Costumes : Carolina Espina
Scripte : Marcela Schleede
Production : Wood Producciones
Coproduction : Bossa Nova Films, Magma Cine
Producteurs : Nathalia Videla Peña, Paula Cosenza, Alejandra Garcia
Producteurs exécutifs : Josefina Labán, Judith Cárdenas Oñate, Patricio Pereira
Coproducteurs : Nathalia Videla Peña, Juan Pablo Gugliotta
Distributeur (France) : Pyramide Films

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