Viva Mexico 2015 : "Los Bañistas" de Max Zunino

Dans le contexte d’étudiants menant une longue grève pour s’opposer à la dictature de la finance qui a conduit à la crise économique de 2008, Flavia, 24 ans, étudiante, se retrouve mise à la porte de son logement par sa tante.

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Dans le contexte d’étudiants menant une longue grève pour s’opposer à la dictature de la finance qui a conduit à la crise économique de 2008, Flavia, 24 ans, étudiante, se retrouve mise à la porte de son logement par sa tante. Son voisin Martín, sexagénaire, se retrouve du jour lendemain au chômage après avoir vu la boutique de vêtement où il travaillait fermée. Deux solitudes sont dès lors appelées à se connaître.

 

Ce film est un hommage à l’élan social de solidarité qui a commencé à se mettre en place autour du mouvement des Indignados (Indignés) en Espagne comme dans d’autres pays depuis la crise économico-financière de 2008. En effet, c’est le contexte de la crise qui va conduire une jeune femme à rencontrer son voisin sexagénaire, tous deux isolés socialement pour des raisons distinctes. Chacun nourrit de son côté tous les a priori possibles sur l’autre : la jeunesse est censée être à l’origine du chaos économique du fait de la grève pour l’un, alors que les personnes âgées seraient les mieux à même d’incarner un pouvoir conservateur immuable pour l’autre. Tous deux se retrouvent relégués, marginalisés dans une société qui prône la compétitivité au mépris de la cohésion sociale, de l’environnement, du déni de démocratie, de l’épuisement des ressources naturelles, etc. Alors que la situation semblerait chaotique à première vue, elle est porteuse d’espoir : des crises naissent un renouvellement des valeurs. Ce film s’en fait brillamment l’écho, avec une cohérence époustouflante entre son propos et les moyens réunis pour réaliser ce film. Ainsi, né de la part du cinéaste Max Zunino de tourner avec Sofia Espinosa, le projet a mobilisé la sphère familiale de ce couple talentueux, participant à la production du film ainsi que le cercle d’amis concernés par les thèmes développés par le film. On retrouve ainsi à l’écran Harrold Torres (Norteado, Gonzalez, etc.), Armando Sepida (rôle titre d’Heli d’Amat Escalante) aux cotés d’autres générations d’acteurs confirmés comme Juan Carlos Colombo (Cronos, La Reine de la nuit) ou encore la participation d’Arcelia Ramírez (La Mujer de Benjamin, Las Busquedas). Pour son premier long métrage, Max Zunino, avec une remarquable, honorable et touchante modestie, porte l’espoir d’un nouvel élan social contemporain avec de modestes moyens, un savoir-faire et un profond humanisme. Faisant fi de l’actuel mot d’ordre du réalisme qui étouffe de nombreux films qui ne s’y prêtent pourtant aucunement, Max Zunino et sa coscénariste, coproductrice et interprète principale Sofía Espinosa décrivent un monde qui n’est plus soumis à un panel mirobolant des technologies de communication (Internet, informatique en général, télévision, etc.) mais à la communication directe, physique, dans la rue et l’intimité des appartements qui jouaient jusque-là le rôle de réclusion sociale. Le film s’affranchit ainsi également de l’identité « cinéma mexicain » du point de vue des thèmes et de l’esthétique choisis : le message humaniste est universel, efficace pendant à la crise de la mondialisation économique. À cet égard, Sofía Espinosa incarne comme aucune autre l’espoir d’un renouvellement social et politique, depuis son interprétation mémorable dans la Palme d’Or du court métrage Ver llover d’Elisa Miller, où elle incarnait avec une grâce et une douce et sereine énergie l’émancipation d’une jeune adolescente décidant de son chemin personnel. Ce chemin, l’actrice l’a brillamment incarné à l’écran, notamment quelques années plus tard dans Vete más lejos Alicíad’Elisa Miller. De l’énergie de cette actrice, le film en est naturellement stimulé à l’instar d’ailleurs du projet initial marqué par la « muy buena onda » mexicaine. Il en résulte une fraîcheur, une liberté de ton, un affranchissement quant à ce que peuvent être des personnages à l’écran, notamment une jeune fille et un vieil homme. Les déambulations à bicyclette d’une Flavia au sein d’une circulation dense est aussi le manifeste d’une jeunesse roulant à un autre rythme pour créer un nouvel espace social au sein de la ville, fût-elle Mexico. Un soin tout particulier a été donné aux décors intérieurs où le charme rétro se marie bien à l’énergie d’une jeunesse, qui ne cache pas ses errements, ses erreurs, mais qui le fait avec la sincérité vitale d’expérimenter sa propre identité. Le film, bien que pour la majeure partie tourné en intérieurs, est aussi lumineux par le travail de la lumière de la chef opératrice Dariela Ludlow, que par l’humanisme que porte l’ensemble du projet, qui a fini par devenir film : premier pas de concrétisation d’un désir qui entre dans l’espace social.

 

Los Bañistas

de Max Zunino

Fiction

83 minutes. Mexique, 2014.

Couleur

Langue originale : espagnol

avec : Juan Carlos Colombo (Martín), Sofía Espinosa (Flavia), Harold Torres (Sebastian), Susana Salazar (Elba), Armando Espitia (Pedro), Arcelia Ramírez (l’épouse de Martin)

scénario : Sofía Espinosa, Max Zunino

images : Dariela Ludlow

décors : Gloria Carrasco

montage : Yoame Escamilla

musique : Sebastián Zunino

son : Asier Gonzalez

1er assistant réalisateur : Matias Estévez

Production : Cornamusa, Películas Avestruz, Phototaxia Pictures

Producteurs : Gloria Carrasco, Sofía Espinosa, Joceline Hernandez, Max Zunino

Producteur associé : Ivan España

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