Y a que ça ! Esto es lo que hay !

Bande Annonce Esto es lo que hay Chronique d'une poésie cubaine de Léa Rinaldi © LesBAdeVivaLaCinema

Esto es lo que hay nous projette dans la vie quotidienne de musiciens trentenaires qui rappent depuis une quinzaine d'années au coeur de La Havane. Léa Rinaldi suit "Los aldeanos" dans leurs pérégrinations aussi bien poétiques et musicales, que pratiques et techniques. La réalisatrice a réussi à se couler dans leur univers et nous confronte aux méandres qu'ils doivent emprunter pour se faire entendre. Aucun manichéisme dans ce film ; juste les obstacles qu'individuellement ou collectivement les membres du groupes doivent franchir, non sans ambiguités.

Léa Rinaldi a mis beaucoup de temps à finaliser son montage face aux multiples retournements de situations : depuis la magnifique surprise de la tournée européenne et colombienne, puis, d'un coup, états-unienne, jusqu'aux doutes des différents protagonistes, en passant par les aléas souvent incongrus de la censure cubaine.

Lorsqu'elle est venue présenter son film le 22 mars, lors de Cinélatino, 27es Rencontres de Toulouse, dans une belle soirée avec Leonardo Padura, Laurent Cantet et Françoise Escarpit, Léa tremblait... Qu'allait-on en dire ? Qu'allaient-ils en dire, eux, Aldo, el B, Silvito... ? Son film pourrait-il sortir en salle ?

Léa Rinaldi à Cinélatino, 27es Rencontres de Toulouse, 22 mars 2015© Laura Morsch-Kihn, assistée de Sophia Espinosa pour ARCALT - Cinélatino, Rencontres de Toulouse

Elle tremblait, mais au-delà de l'histoire du film et de la situation cubaine, elle a su défendre sa création et son cheminement de réalisatrice à la rencontre d'un groupe culte et charismatique, qui ne relâche jamais rien de sa force critique. Un tournage qu'elle tient en permanence au bout de sa caméra avant qu'il ne lui échappe dans les volutes des concerts internationaux... quand les musiciens entrent dans l'arène et n'appartiennent plus qu'aux spectateurs : ceux qui sont devant la scène et ceux qui sont devant l'écran, pris dans leurs mélodies rugueuses et cadencées...

L'art d'Esto es lo que hay est de nous faire partager la vie quotidienne de musiciens trentenaires pris dans l'étau de la politique cubaine, tout en nous donnant à entendre avec largesse et méticulosité le son et la poésie de Los aldeanos. Le tout dans un  montage très hip-hop, qui pourra parfois semer, dans son rythme, les sages et antiques adeptes du plan fixe...

Le plus bel hommage rendu à ce film vient de la bouche d'un de ses protagonistes : Silvito el libre, musicien ami de Los aldeanos, qui affirmait le mercredi 2 septembre dans l'Humeur vagabonde, que ce film était l'expression cinématographique "la plus fidèle qu'il m'ait été donnée de voir "sur leur génération". Toute l'émission ici.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.