Une mère sous influence

À Paris, Anna vit intensément, sans éviter les maladresses, son rôle de mère de Nathan, son fils de 10 ans. Mais ce n'est pas sans inquiéter le père de Nathan qui a décidé de solliciter la justice dans le but d'obtenir une responsabilité parentale exclusive. Anna décide alors dans l'urgence de rejoindre sa Colombie natale pour redémarrer une nouvelle vie en emmenant avec elle son fils.

"Anna" de Jacques Toulemonde © DR "Anna" de Jacques Toulemonde © DR

Sortie nationale (France) du 5 juillet 2017 : Anna de Jacques Toulemonde

Anna est un prénom palindrome, comme Nathan prononcé phonétiquement ou considéré en espagnol (Natan) : cette remarque issue d'une scène du film est une belle invitation à considérer la complexité de ce personnage éponyme auquel on s'attache autant que le personnage joué par Gene Rowlands dans Une femme sous influence de John Cassavetes. En effet, l'identité d'Anna peut ici à tout moment comprise d'un double sens de lecture, en l'interprétant aussi bien à travers ses premières scènes comme ses dernières dans le film. Le réalisateur a d'ailleurs décidé d'épouser le regard de ce personnage pour raconter ce road movie dramatique mâtiné de thriller psychologique. Jacques, Toulemonde, le coscénariste de Ciro Guerra sur L'Étreinte du serpent, trouve là un sujet de scénario qui est loin du simple prétexte à réaliser un quelconque long métrage. Comme son ami cinéaste et soutien sur ce scénario Franco Lolli (Gente de bien), la question de l'identité de l'individu porté par ses responsabilités parentales est ici centrale. Le spectateur se laisse aisément entraîné par la sympathie qu'il porte pour le personnage principal avec un véritable trouble lorsque celui-ci est de plus en plus dominé par ses peurs qu'il tente vainement de fuir. La vitalité du personnage cache en permanence une puissante fragilité, à l'instar d'une poupée porcelaine qui deviendrait dangereuse en se brisant dans les gestes débordant d'affection porté à son entourage. Au cœur du film se trouve donc ce personnage émouvant qui ne cesse de questionner le fragile équilibre de tout à chacun en tant que parent et à dépasser les étiquettes officiellement scientifiques mais en pratique obscurément dédaigneuses de « folie », « comportement bipolaire », etc. Le parcours de ce personnage est sincèrement touchant mais hélas le réalisateur en a été quelque peu vampirisé, oubliant de faire vivre ces autres personnages, malgré les efforts du petit ami d'Anna et du fils de celle-ci à exister : ceux-ci sont rapidement marginalisés et ne servent que de contrepoint au personnage éponyme. De même la mise en scène ne permet pas de faire véritablement vivre les lieux traversés par les personnages, comme avaient pourtant bien réussi à le faire Rubén Mendoza sur La Sociedad del semáforo ou encore Ciro Guerra sur Los Viajes del viento, deux films sur lesquels Jacques Toulemonde fut précédemment assistant réalisateur. Le film finit par prendre un cheminement plutôt convenu pour aboutir à l conclusion finale. C'est d'autant plus regrettable que le sujet n'est pas anodin. Le film a dû moins le mérite d'exister, malgré ses maladresses de réalisation, que l'on se sent prêt à pardonner, à l'instar d'Anna, afin de faire évoluer la conscience du public sur ce personnage contemporain qui peut aisément devenir la victime des méthodes archaïques d'institutions psychiatriques usant d'électrochocs et autres méthodes d'annihilations totales de l'être.

 

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Anna
de Jacques Toulemonde
Fiction
96 minutes. France - Colombie, 2016.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Juana Acosta (Anna), Kolia Abiteboul Dossetto (Nathan), Bruno Clairefond (Bruno), Augustin Legrand (Philippe), Alexandre Toulemonde (Fernando), Audrey Bastien (Julie), Claudia Vallejo (Alicia), Maria Paula Jaramillo (Natalia)
Scénario : Jacques Toulemonde avec la collaboration de Franco Lolli
Images : Paulo Perez A.D.F.C.
Montage : Mauricio Lleras
Son : Matthieu Perrot,
Assitant réalisateur : Vincent Prades
Costumes : Claire Daguerre
Maquillage : Sarah Mescoff, Laura Copo, Bénédicte Trouve
Décors : Philippe Legler, Benoît Pfauwadel
Casting : Fanny De Donceel
Production : Noodles Production, Janus Films
Producteurs : Julien Naveau, Diana Ramos
Production exécutive en Colombie : Cristina Gallego, Jacques Toulemonde, Alexandre Toulemonde
Producteur associé : Jérôme Vidal
Directeur de production : Felipe Duarte
Distributeur (France) : Films Connection
Ventes Internationales : Loco Films

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