Cannes 2021 : "La Civil" un film de Teodora Ana Mihai

Au Mexique, la fille de Cielo est kidnappée. Malgré la rançon donnée aux ravisseurs, Cielo ne revoie pas sa fille. Face à l’inaction de la police, elle commence alors à mener sa propre enquête.

"La Civil" de Teodora Ana Mihai © DR "La Civil" de Teodora Ana Mihai © DR
Film en section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2021 : La Civil de Teodora Ana Mihai

Basée sur la dramatique situation contemporaine des disparitions de civils au Mexique, la réalisatrice roumaine Teodora Ana Mihai s’est emparée de ce sujet pour réaliser son premier long métrage après être passée par la Résidence de la 35e session de la Cinéfondation en 2017-2018. Le film repose à la fois sur des partis pris de mise en scène assez forts où les plans-séquence sont nombreux et se focalisent sans cesse sur le point de vue de la mère cherchant désespérément sa fille. Cette mère passe tombe dans une profonde sidération à la découverte de la violence qui se cache partout et où les représentants de l’ordre ont aussi leur large part de responsabilité dans les exactions.

Plus qu’une description détaillée de la réalité sociale mexicaine, Teodora Ana Mihai a voulu rendre hommage à toutes ces mères courages en Amérique latine qui n’ont cessé depuis des décennies d’être les porteuses de mémoire en quête des disparus dans les dictatures comme dans les violences endémiques des groupes armés sanguinaires. Pour cela, la réalisatrice a choisi une actrice mexicaine, Arcelia Ramírez, pour lui faire traverser une très large palette d’émotions commençant par la sidération à la révolte où la colère explose. Même si le film se déroule au Mexique dans un contexte social précis de féminicide, la réalisatrice en s’éloignant de la réalité immédiate propose davantage une fable universelle sur la quête des mères face à un état d’injustice total dans un pays. Même si le film est coproduit par les frères Dardenne, leur réalisme social n’est pas ici à l’œuvre pour entrer pleinement dans une fiction tragique où se dessine avant tout le portrait d’une mère. Ce sujet s’enracine bien dans l’histoire du cinéma mexicain où dans les années 1950, notamment dans le cinéma de Roberto Gavaldón, apparaissait des figures féminines héroïques mais mélodramatiques, mais en offrant un cheminement qui habituellement est offert aux hommes. C’est un enjeu politique essentiel de remettre ainsi au centre de l’intrigue un personnage féminin, poursuivant d’ailleurs en cela les efforts des frères Dardenne notamment dans Deux jours, une nuit (2014) dont la course-poursuite possède un rythme qui n’est pas sans rappeler celui de La Civil dans un étirement du temps encore plus long.

 

 

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La Civil
de Teodora Ana Mihai

Fiction
134 minutes. Belgique, Roumanie, Mexique, 2021.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Arcelia Ramírez (Cielo), Álvaro Guerrero (Gustavo), Jorge A. Jimenez (Lamarque), Ayelén Muzo (Robles), Daniel Garcia (El Puma), Alessandra Goñi Bucio (la commandante Inez), Eligio Meléndez (Don Quique), Alicia Candelas (Meche), Mónica Del Carmen (l’épicière), Mercedes Hernández, Claudia Goytia, Alicia Laguna, Felipe de Jesús Martínez Morales, Manuel Villegas
Scénario : Habacuc Antonio De Rosario & Teodora Ana Mihai
Images : Marius Panduru
Montage : Alain Dessauvage
Musique : Jean-Stephane Garbe, Hugo Lippens
Son : Federico González, Manuel Danoy
1er assistant de la réalisatrice : Matías Estévez
Décors : Claudio Ramirez Castelli
Direction artistique : Georgina Coca, Francisco Constantino
Costumes : Bertha Romero
Casting : Viridiana Olvera
Scripte : Aura Getino
Production : Menuetto (Belgique)
Coproduction : Les Films du Fleuve (Belgique), Mobra Films (Roumanie) et Teorema (Mexique)
Producteurs : Hans Everaert
Coproducteurs : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Michel Franco, Eréndira Núñez Larios, Cristian Mungiu, Teodora Mihai 
Producteurs associés : Philippe Logie, Bogdan Mihai, Delphine Tomson 
Producteurs exécutifs : Tudor Reu, Sandra Paredes

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