Biarritz 2021 : "Piedra noche" d’Iván Fund

Un couple dans une maison isolée sur une plage est confronté à la disparition de leur enfant, tandis qu’une menace rôde dans un monde en crise. Comment dès lors appréhender le surgissement du fantastique lorsque les conditions de la légende du monstre du Loch Ness surgissent ?

"Piedra noche" d’Iván Fund © Rita Cine "Piedra noche" d’Iván Fund © Rita Cine
Film de la compétition long métrage fiction de la 30e édition du Festival Biarritz Amérique Latine 2021 : Piedra noche d’Iván Fund

Un long travelling-arrière présentant les traces laissées par un véhicule sur le sable sur un fond musical omniprésent invite le spectateur dès l’ouverture du film dans un espace résolument mélodramatique. Toute la démarche d’Iván Fund ensuite consiste à se jouer des codes du cinéma de genre, du mélodrame familial par l’histoire du couple, au thriller incarné par le toujours magistralement inquiétant Alfredo Castro au fantastique de la reconnexion de l’adulte à l’enfant propre à un certain cinéma de Spielberg. Comme pour Los Labios (2010), coréalisé avec son complice Santiago Loza, Iván Fund développe sa mise en scène autour de l’empathie progressive à l’égard de l’état émotionnel de ses personnages. L’histoire n’est alors qu’un prétexte à rencontrer des émotions où chaque personnage, au nombre de quatre, joue sa propre partition. Pour cette raison, chacun de ceux-ci est présenté avec une délicate attention en reprenant la force de la mise en scène du cinéma muet où les mots deviennent inutiles pour saisir d’un seul regard prolongé l’intériorité des personnages. Iván Fund vient ici avec subtilité interroger les rêves de l’enfance et la quête d’un ailleurs comme fondement d’un épanouissement : ainsi, l’attention d’un enfant plongé dans un jeu vidéo dans un monde en destruction est mis en correspondance avec ce couple qui a choisi de s’isoler dans une maison au bord d’une plage sans voisinage, loin de la communauté humaine dans un environnement perpétuellement grisâtre.

Malgré quelques faiblesses comme l’interprétation éthérée de la perte de repère du père peu convaincante et l’apparition à l’image de l’imaginaire, le film explore avec une touchante humilité l’empathie comme fondement du pacte du film avec son public.

 

 

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Piedra noche
d’Iván Fund
Fiction
87 minutes. Argentine, Chili, Espagne, 2021.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Maricel Álvarez (Sina), Mara Bestelli (Greta), Alfredo Castro (l’agent immobilier), Marcelo Subiotto (Bruno), Jeremías Kuharo (Denis)
Scénario : Santiago Loza, Iván Fund, Martín Felipe Castagnet
Images : Gustavo Schiaffino
Montage : Lorena Moriconi, Iván Fund
Musique : Francisco Cerda
Son : Leandro de Loredo
Décors : Adrián Suárez
Costumes : Betania Cappato
Production : Rita Cine, Insomnia Films
Coproduction : Globo Rojo Films, Nephilim Producciones
Productrice : Laura Mara Tablón
Coproductrice : Catalina Vergara
Vendeur international : Elle Driver

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