"Desierto" de Jonás Cuarón © Condor Entertainment "Desierto" de Jonás Cuarón © Condor Entertainment

Sortie DVD : Desierto de Jonás Cuarón

L’immigration considérée comme la zone de dialogue entre Nord et Sud : la confrontation ici entre le Mexique et son opulent voisin les États-Unis est violente. L’histoire commence autour de ce thème récurrent du cinéma mexicain depuis plus d’une décennie et qui répond à la réalité actuelle : le passage clandestin des Mexicains et plus généralement des citoyens d’Amérique centrale pour se rendre aux États-Unis (cf. Rêves d’or de Diego Quemada-Diez). Cette traversée du désert est souvent associée à un voyage souvent sans retour puisque dans le désert on peut y perdre la vie pour diverses raisons, souvent associées à l’intervention d’organisations criminelles. Cette fois-ci, la mort tombe en avalanche sur les migrants du doigt d’un citoyen américain isolé dont on ne connaît rien de son histoire, à part le fait que c’est un chasseur solitaire vivant avec son chien dressé pour tuer. L’opposition Nord-Sud est d’autant plus forte dans ce film qui reprend la trame de l’œuvre fondatrice du genre « survival » au cinéma : Les Chasses du comte Zaroff (Ernest B. Schoedsack, Irving Pichel, 1932). Cette fois-ci, nul besoin d’être un noble fasciste pour justifier et appliquer un assassinat de masse : il suffit d’être un individu, mais pas n’importe lequel, puisqu’il est prénommé Sam. Comme représentation américaine, on ne pouvait pas choisir mieux que « l’oncle Sam » face à un groupe conduit par Moïse (sic). Le choix des prénoms des personnages n’a rien d’anodin, bien au contraire, le scénario se développant d’ailleurs avec de lourds sabots. Le peuple mexicain serait ainsi le peuple élu de la Bible en quête de sa Terre promise et les États-Unis la nouvelle Égypte impériale. Tel est le discours politique où se maintient la solide architecture scénaristique. Moïse, interprété par l’ambassadeur international du cinéma mexicain, Gael García Bernal, fait ici figure également d’un David par sa modeste taille et son absence d’armes face au Goliath Sam soudé à son fusil de chasse. Renvoyé aux références mythologiques, le film se veut aussi une parabole universelle, en plus du conflit latent entre les discours politiques de Donald Trump aux odeurs racistes nauséabondes, opposant pays riches sans foi ni loi aux pays moins avantagés économiquement qui n’ont plus comme bien que leur propre foi en l’avenir.
La mise en scène privilégie l’efficacité du cinéma de genre ornée de la superbe photographie de Damian Garcia. Passés les éléments métaphoriques de la structure du scénario, le récit se révèle finalement assez classique et les personnages sont tirés à trop grands traits côté mexicain : Moïse est bien trop lisse et parfait pour être crédible. Dès lors, le méchant chasseur devient très vite le personnage le plus intéressant, portant à lui seul le film, au détriment de tous les autres : difficile de s’intéresser aux autres, surtout lorsqu’il est question du récit mélodramatique de Moïse, père en quête de son fils pour lui rapporter son ours en peluche au péril de sa vie. Il en reste donc un film de genre efficace mais qui manque l’ambition de son discours politique en raison d’une grande paresse dans le développement de la majorité des personnages mexicains. Pourtant, on sent aisément le sincère engagement de l’équipe de Jonás Cuarón pour dénoncer le racisme latent entre Nord et Sud et chacun est à cette tâche réellement investi.

 

 

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Desierto
Desierto
de Jonás Cuarón
Avec : Gael García Bernal (Moïse), Jeffrey Dean Morgan (Sam), Alondra Hidalgo (Adela), Diego Cataño (Mechas), Marco Pérez (Lobo), Oscar Flores (Ramiro), David Lorenzo (Ulysse), Lew Temple, Butch McCain
USA – 2015.
Durée : 94 min
Sortie en salles (France) : 13 avril 2016
Sortie France du DVD : 7 novembre 2016
Format : 2,35 – Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Condor Entertainment

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