Billet de blog 12 juil. 2022

"To Kill the Beast" (Matar a la bestia) d'Agustina San Martín

Sur la frontière entre l'Argentine et le Brésil, la présence d'une mystérieuse bête qui s'en prendrait aux jeunes filles domine les esprits. C'est là que se rend Emilia dans le but de retrouver son frère.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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Sortie nationale (France) du 13 juillet 2022 : To Kill the Beast d'Agustina San Martín

Si d'entrée de jeu le film semblerait inviter l'émergence de l'horreur, ce premier long métrage de l'Argentine Agustina San Martín prend une toute autre direction que le cinéma de John Carpenter même si l'usage de la musique et de la brume pourrait y faire écho. L'enjeu est avant tout ici l'exploration intime de l'imaginaire d'une jeune femme qui tente de se défaire du poids du masculin sur elle autour de l'absence énigmatique de son propre frère. Elle se retrouve dès lors à la marge du pays comme de son quotidien. La rencontre avec sa propre tante commence à révéler le trouble qui plane dans la famille fracturée. Autour de la légende locale du croquemitaine, la menace devient sociale sous les traits de l'inhumanité du patriarcat lancé par ses principaux représentants, qu'il s'agisse d'un chef d'entreprise comme d'un chef religieux. La crainte de la bête éponyme est alors un outil de contrôle des femmes au cœur de leur intimité touchant notamment à la naissance empêchée de leur propre sexualité.

"To Kill the Beast" (Matar a la bestia) d'Agustina San Martín © Jour2Fête

Agustina San Martín développe une mise en scène tout en sobriété avec l'affirmation sororale de personnages féminins prépondérants dans un décor où le fantastique émerge peu à peu comme la brume fascinante qui inonde les êtres. Le fantastique n'est dès lors que l'expression cinématographié qui se transmet par l'imaginaire du rêve à la réalité par capillarité. Dans cette logique, les décors jouent un rôle singulier où le passé se fait omniprésent et les personnages naviguent avec incertitude. L'image est elle-même particulièrement soignée et créer sur le public une attraction vertigineuse.

To Kill the Beast
Matar a la bestia
d'Agustina San Martín
Fiction
79 minutes. Argentine, Brésil, Chili, 2021.
Couleur
Langue originale : portugais, espagnol

Avec : Tamara Rocca (Emilia), Ana Brun (tante Inés), Julieth Micolta (Julieth), João Miguel (Lautaro), Sabrina Grinschpun (Helena)
Scénario : Agustina San Martín
Images : Constanza Sandoval
Montage : Hernán Fernández, Ana Godoy, Juan Godoy, Agustina San Martín
Son : Mercedes Gaviria Jaramillo
Supervision des effets visuels : María Peralta Ramos
Décors : Juan Martín Treffinger
Directeur artistique : Agustin Ravotti
Production : Caudillo Cine
Producteurs : Diego Amson, Lucila de Arizmendi, Luciano Molese
Producteurs exécutifs : Carlos Eduardo Valinoti, Lucila de Arizmendi
Coproducteurs : Thiago Yamachita, Santiago Carabante, Aline Mazzarella, Dominga Ortuzar, Matheus Peçanha, Florencia Rodriguez
Distributeur (France) : Jour2Fête
Vendeur international : The Party Film Sales

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