Billet de blog 12 déc. 2021

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
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La Havane 2021 : "Los Conductos" de Camilo Restrepo

Pinky est en fuite après avoir quitté une secte religieuse et assassiné un homme avec une arme à feu. Il vole une moto, trouve un abri de fortune et travaille dans une entreprise de fabrication de t-shirts en attendant de rencontrer Revanche.

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Film de la compétition premier long métrage de fiction de la 42e édition du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-Américain de La Havane 2021 : Los Conductos de Camilo Restrepo

Los Conductos de Camilo Restrepo vient de recevoir le prix spécial du jury du premier film au festival international du Nouveau Cinéma Latino-Américain de La Havane après avoir également reçu lors de sa première diffusion en février 2020 le prix du meilleur premier au festival de Berlin. Le cinéaste colombien vit depuis 1999 à Paris où il œuvre notamment en tant que membre de L’Abominable, groupe de cinéastes qui poursuit l’exploration de l’expression du cinéma argentique. Ainsi, après de nombreux courts métrages ces dernières décennies, c’est tout naturellement que Camilo Restrepo réalise son premier long métrage en argentique et au format 4/3. Cette esthétique n’est pas qu’un plaisir d’esthète mais s’associe pleinement à la forme du récit qui vise une expression atemporelle et plus particulièrement les expérimentations du cinéma colombien de Cali dans les années 1970 dont les chefs de file se nomment Carlos Mayolo, Andrés Caicedo et Luis Ospina.

"Los Conductos" de Camilo Restrepo © DR

La force politique de dénonciation de l’état de la société colombienne brisée et détruite par une violence endémique de plus de sept décennies, empreinte les voies de l’expérimentation cinématographique pour assumer sa marge. Ainsi, le personnage principal est un homme sans foi ni loi ni foyer, qui a sans doute assassiné son propre père pour fuir une prison sectaire dans laquelle il était enfermé. En voix off, le personnage ne cesse d’expliquer de manière auto réflexive la réalité qu’il traverse et interprète, où toute action présentée et mise en scène par et devant la caméra devient métaphore d’un discours plus étendu.

Le réalisateur s’inspire pour cela de la poésie et de la réflexion du poète et journaliste Gonzalo Arango pour innerver sa réflexion en images au fil d’un montage fascinant, telle une broderie complexe, également assuré par son réalisateur et scénariste.

La mise en scène se caractérise par une construction autour de gros plans qui ont régulièrement un impact sur le hors champ, et cela de manière époustouflante dès les premières images, ce qui contribue à donner le ton et propos du film. Ainsi, l’usage du cinéma expérimental, en plus du parti pris politique qui vise à mettre en perspective en toile de fond une société dans son ensemble, réinterroge la matière même du cinéma en plongeant dans la grammaire issue du cinéma muet.

Un film aussi sauvage, que poétique et politique.

Los Conductos
de Camilo Restrepo
Fiction
70 minutes. Colombie, France, Brésil, 2019.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Luis Felipe Lozano (Pinky), Fernando Úsaga Higuíta (Revanche)
Scénario : Camilo Restrepo
Images : Guillaume Mazloum
Montage : Camilo Restrepo
Musique : Arthur B. Gillette
Design sonore : Josefina Rodríguez
Production : 5 à 7 Films, If You Hold A Stone, Montañero Cine.
Producteurs : Helen Olive, Martin Bertier, Felipe Guerrero
Coproducteurs : André Mielnik, Gustavo Beck, Simón Vélez

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