Entrevues, Festival du Film de Belfort 2017 : "Casa Roshell" de Camila José Donoso

Dans un club transformiste de Mexico, des hommes de tous horizons viennent assumer leur vision de la féminité, ou simplement regarder ou draguer.

"Casa Roshell" de Camila José Donoso © DR "Casa Roshell" de Camila José Donoso © DR

Le cinéma documentaire explore au fil des années de nouveaux espaces d’intimité à l’ombre de l’espace public pour retrouver comme sur la toile virtuelle d’Internet de nouveaux espaces sociaux. Si Baños de vida de Dalia Reyes (2016) proposait de s’immerger dans un refuge au cœur d’une ville semi chaotique pour des femmes confrontées à la violence de genre quotidienne dans l’équivalent d’un hammam mexicain, Casa Roshell de Camila José Donoso invite le spectateur à découvrir un autre refuge urbain pour des hommes assumant explicitement leur féminité en situation de transsexualité. Camila José Donoso s’était déjà intéressée dans Naomi Campbel (2013), son précédent long métrage documentaire, à la transsexualité, en suivant l’héroïne éponyme. Cette fois-ci, elle s’intéresse à une communauté et montre que la liberté d’être soi-même passe aussi par la force communautaire où chacun soutient l’autre par un regard, une attention et un ensemble de codes explicitement acceptés. Le spectateur est initié à entrer dans la Casa Roshell, un lieu plus proche du club privé que du cabaret, malgré les spectacles sur scènes offerts au public. Camila José Donoso est dans son style de mise en scène assez proche de la démarche de Patric Chiha dans Brothers of the Night (2016) en refusant les entretiens classiques face caméra pour entrer dans l’intimité de la fiction que chacun propose. Le film flirte ainsi subtilement avec la fiction avec le souci documentaire de rendre compte au mieux avec les outils cinématographiques de la réalité sociale vécue. L’intimité passe en premier lieu par le partage des codes de séduction de chacun et la mise en scène de son propre corps, objet central de séduction dans le rapport à l’autre. De ce point de vue, Camila José Donoso a la pudeur de ne pas aller chercher ce que l’autre ne souhaite pas livrer à la caméra : elle s’intéresse avant tout à la mise en scène des personnages qu’elle filme plutôt qu’à une prétendue vérité d’eux-mêmes et révèle ainsi cette part de vérité qui affleure dans ladite mise en scène de chacun. Une nouvelle preuve que le cinéma est capable de libérer les genres, fusionnant les problématiques sociales et esthétiques en une même œuvre.

 

 

Casa Roshell
de Camila José Donoso
Fiction
71 minutes. Mexique - Chili, 2016.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Roshell Terranova, Liliana Alba, Lia Garcia, Diego Alberico, Cristian Aravena
Scénario : Camila José Donoso
Images : Pablo Rojo
Montage : Camila José Donoso
Son : Isolé Valadez
Production : Tonalá Lab, INTERIOR XIII
Producteurs : Juan Pablo Bastarrachea (Tonalá Lab), Maximiliano Cruz, & Sandra Gómez (Interior XIII), Garbiñe Ortega

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