Distribution et exploitation du cinéma latino en France en 2017

En 2017, 711 longs métrages et programmes de courts métrages sont sortis dans les salles en France au rythme hebdomadaire des sorties du mercredi. C’est d’un côté trente films de moins que 2016 mais plus de 4 millions de spectateurs, la fréquentation totale en salles passant de 197 702 481 à 201 312 266 entrées.

En 2017, 711 longs métrages et programmes de courts métrages sont sortis dans les salles en France au rythme hebdomadaire des sorties du mercredi. C’est d’un côté trente films de moins que 2016 mais plus de 4 millions de spectateurs, la fréquentation totale en salles passant de 197 702 481 à 201 312 266 entrées. Le cinéma de production française est toujours majoritaire à 46% des films sortis tandis que les longs métrages produits aux États-Unis suivent derrière avec 20%. En revanche, les chiffres s’inversent en terme d’audience avec 35% pour les productions françaises et 59% pour les États-Unis. Les films qui ont mobilisé le plus de fréquentation made in US sont des franchises : Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi de Rian Johnson (7 076 455 entrées), Fast & Furious 8 de F. Gary Gray (3 838 447 entrées), Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar de Joachim Rønning et Espen Sandberg (3 676 016 entrées) ; de l’animation : Coco de Lee Unkrich (4 482 697 entrées), Baby Boss de Tom McGrath (3 956 359 entrées), Tous en scène de Hammer & Tongs (3 526 954 entrées) ; ainsi que des formules cumulant les deux aspects, à savoir les films d’animation devenant des sagas : Moi, moche et méchant 3 de Pierre Coffin et Kyle Balda (5 637 548 entrées) et Cars 3 de Brian Fee (2 767 706 entrées). Côté production française, les comédies sont toujours les films qui attirent le plus de spectateurs : Raid dingue de Dany Boon (4 571 327 entrées), Alibi.com de Philippe Lacheau (3 581 581 entrées), Le Sens de la fête d’Éric Toledano et Olivier Nakache (3 020 185 entrées).

Dans ce contexte, les productions cinématographiques latino-américaines occupent une place encore modeste avec en 2017 25 longs métrages (comprenant un programme de courts métrages colombiens intitulé Colombiennes) et un total de 676 538 entrées. C’est une diminution nette par rapport aux 1 048 895 entrées des 27 longs métrages latinos de 2016. Il faut remonter à 2013 avec ses 515 216 entrées pour des films latinos pour trouver une fréquentation inférieure à 2017. Quant au nombre de films latinos distribués en France il reste toujours stable avec un seuil minimal de 25 longs métrages par an et plus de vingt longs métrages depuis une décennie.

"Neruda" de Pablo Larraín © DR "Neruda" de Pablo Larraín © DR

Si le premier film latino en terme de fréquentation est Neruda de Pablo Larraín à la 161e place avec 236017 entrées, Jackie le film suivant du même réalisateur coproduit par les États-Unis, est quant à lui à la 98e place avec 462 597 entrées. Autrement dit, il est plus facile de rencontrer un succès d’audience lorsqu’un film d’un cinéaste latino-américain est produit aux États-Unis, ce qui s’illustre très bien par les succès des cinéastes latinos à la cérémonie des Oscars ces dernières années, avec les lauréats des Meilleurs réalisateurs attribués à : Alfonso Cuarón pour Gravity en 2014, Alejandro González Iñárritu en 2015 pour Birdman ou (la surprenante vertu de l'ignorance) et en 2016 pour The Revenant et enfin Guillermo del Toro pour La Forme de l'eau (The Shape of Water) en 2018. À noter également aux Oscars de 2018 le film chilien Une femme fantastique de Sebastián Lelio lauréat du Meilleur film étranger qui en France est à la troisième place du box-office latino avec 81048 entrées.
Après Neruda, dix longs métrages ont dépassé en France la barre des 10000 entrées : Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa (84344 entrées), Une femme fantastique, Les Filles d’Avril de Michel Franco (54212 entrées), La Fiancée du désert de Cecilia Atán et Valeria Pivato (32880 entrées), Chavela Vargas de Catherine Gund et Daresha Kyi (27917 entrées), Mariana de Marcela Said (20572 entrées), Kóblic de Sebastián Borensztein (16414 entrées), La Région sauvage d’Amat Escalante (12800 entrées). Suivent seize autres longs métrages latinos : Rara de María José San Martín, Patagonia, el invierno d’Emiliano Torres, Le Grand miracle (El Gran milagro) de Bruce Morris, Plus jamais seul d’Álex Anwandter, Mai morire d’Enrique Rivero, Camino a La Paz de Francisco Varone, Mate-me por favor d’Anita Rocha da Silveira, Le Christ aveugle (El Cristo ciego) de Christopher Murray, La Educacion del Rey de Santiago Esteves, L'École de la vie (Los Niños) de Maite Alberdi, Jazmin et Toussaint de Claudia Sainte-Luce, Rey, l'histoire du français qui voulait devenir roi de Patagonie de Niles Atallah, El Soñador d’Adrián Saba, Alba d’Ana Cristina Barragán, Los Nadie de Juan Sebastián Mesa.
Ainsi, la production latino-américaine est représentée sur les écrans de cinéma en France par trois pays seulement qui représentent 80% des films latinos distribués : l’Argentine, le Chili et le Mexique qui cumulent 86% des entrées. Par rapport aux années précédentes, la Colombie et le Brésil se font beaucoup plus discrets, alors même que la Colombie était le pays mis en valeur en France en 2017 dans le cadre de l’Année culturelle de la Colombie en France. Il faut préciser à cet égard que le cinéma colombien a eu diverses actualités de diffusion en France mais que celles-ci ne sont pas présentes au box-office qui ne comprend que les entrées de films avec une billetterie CNC à l’entrée de la salle et ayant un distributeur français en tant qu’ayant-droit desdits films. À cet égard, il faut ainsi rappeler les programmations colombiennes de Cinélatino, Rencontres de Toulouse avec son focus consacré au cinéma de Cali, la rétrospective intégrale consacrée au cinéaste Rubén Mendoza au Festival International de La Rochelle, le focus Colombie du Festival Biarritz Amérique latine, la programmation « 100% doc Colombie : regards féminins » organisée par le Forum des Images à Paris, les rétrospectives du cinéma colombien aux cinémathèques de Paris et de Toulouse, le « Panorama du cinéma colombien » rendez-vous organisé chaque année par l’association « Le Chien qui aboie », le Panorama du cinéma colombien contemporain (1998-2005) du Festival International du Cinéma d’Amiens, le focus Colombie du Poitiers Film Festival. Une grande partie de ces festivals ont ainsi poursuivi leur soutien annuel de diffusion du cinéma latino-américain en se focalisant plus particulièrement, Année Culturelle de la Colombie oblige, au cinéma colombien. Il est utile de rappeler qu’au-delà des chiffres modestes d’exploitation en salles des cinémas latino-américains, ces canaux de diffusion alternatif que sont toujours les festivals sont restés en 2017 très actifs.

Quant aux festivals de Catégorie A, ils ont une fois encore contribué à faire connaître la plupart des films latinos distribués en France. Ainsi, sont passés par le festival de Cannes : Neruda (Quinzaine des Réalisateurs 2016), Gabriel et la montagne (Semaine de la Critique 2017), Les Filles d’Avril (Un Certain Regard 2017), La Fiancée du désert (Un Certain Regard 2017), Mariana (Semaine de la Critique 2017); à la Berlinale : Une femme fantastique, Chavela Vargas ; à la Mostra de Venise : La Région sauvage, Le Christ aveugle. Cannes reste toujours le lieu incontournable pour un film latino afin de se faire connaître du public français comme des distributeurs qui y voient une plus-value non négligeable en terme de communication sur les films qui disposent notamment d’une communication presse considérable.

Du côté des distributeurs, on retrouve les « fidèles » sociétés qui ont toujours à leur catalogue annuel au moins un film latino depuis plusieurs années consécutives : Ad Vitam, Épicentre Films, Memento, Bobine Films, Bodega, Le Pacte, Pyramide, Nour Films, Jour2Fête, Damned Distribution, Urban Distribution. Condor Distribution s’est illustré en 2017 avec deux films latinos (Gabriel et la montagne et Les Filles d’Avril) qui totalisent ensemble près 114000 entrées. Parmi les distributeurs « occasionnels » du cinéma latino, 2017 a été marquée par le travail de Visiosfeir, Wayna Pitch, Docks 66, Sokol Films, Wild Bunch, Tamasa, Saje Distribution, Zootrope Films. Il faut également ajouter la première distribution commerciale de la société Le Chien qui aboie (avec le film colombien Los Nadie) qui se consacrait jusque-là à l’organisation du festival annuel du « Panorama du cinéma colombien » à Paris.

L’année 2018 commence avec plusieurs films latinos où l’on retrouve les distributeurs fidèles de cette aire géographique, à savoir Memento avec El Presidente de Santiago Mitre, Bodega Films avec notamment trois films (Mala junta de Claudia Huaiquimilla Le Grand cirque mystique de Carlos Diegues et Les Versets de l'oubli d'Alireza Khatami), Jour2Fête avec Les Bonnes manières (As Boas maneiras) de Juliana Rojas et Marco Dutra, Nobody’s Watching de Julia Solomonoff. Pour continuer avec les distributions de 2018, on peut encore citer Candelaria de Jhonny Hendrix Hinestroza (Sophie Dulac), Notre enfant de Diego Lerman (Potemkine Films), Los Adioses de Natalia Beristáin (KMBO Films), Jericó de Catalina Mesa (Arizona Films). Ainsi la diffusion des cinémas latino-américains en France, sans connaître d’augmentation en nombre de films distribués, se maintient durablement au fil des années, devenant implicitement un rendez-vous attendu des spectateurs en France.

 

Source pour les données statistiques de fréquentation : CBO Box Office : www.cbo-boxoffice.com

Un grand merci pour ses précieuses données statistiques et ses outils de recherches appropriés à Laurent Coudurier (CBO Box Office).

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