Le charme suranné d’une grand-mère monstrueuse

Sortie DVD : Erendira, de Ruy GuerraErendira vit seule avec sa grand-mère dans un petit palais aux allures baroques. Par inadvertance, elle provoque un incendie. Sa grand-mère lui impose le remboursement de ce qu’elle a perdu dans l’incendie et la contraint à se prostituer.

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Sortie DVD : Erendira, de Ruy Guerra

Erendira vit seule avec sa grand-mère dans un petit palais aux allures baroques. Par inadvertance, elle provoque un incendie. Sa grand-mère lui impose le remboursement de ce qu’elle a perdu dans l’incendie et la contraint à se prostituer.

Gabriel García Márquez a été dès les années 1960 très impliqué dans le cinéma mexicain, accompagnant la nouvelle génération de cinéastes comme Arturo Ripstein, Alberto Isaac, Jaime Humberto Hermosillo, Felipe Cazals, etc. Si nombreuses furent les adaptations de ses œuvres littéraires, il a également écrit des scénarios originaux directement pour le cinéma. C’est le cas d’Erendira qui fut dans une première d’abord écrit sous la forme d’un scénario. Perdu, il a décidé d’en écrire une nouvelle qui plus de dix ans plus tard se retransforma en scénario. La réalisation du film a été confiée au cinéaste brésilien Ruy Guerra qui a fait ses premières armes (avec notamment le bien nommé Les Fusils) avec le Cinema Novo. Le film est une coproduction internationale associant la France, le Mexique et l’Allemagne. C’est pour cette raison que l’on trouve au casting la présence d’Irène Papas, Michael Lonsdale, Rufus, Pierre Vaneck. Si l’on reconnaît bien l’excentricité à la fois baroque et surréaliste propre à l’écrivain, la touche personnelle de Ruy Guerra est moins évidente. Le film fait la part belle aux acteurs émérites qui ont droit à un vrai temps d’écran mais hélas davantage en tant qu’acteurs que personnages. Le contexte mexicain est complètement sous-exploité : à part une critique du système électoraliste mexicain (auquel on préférera nettement le cinéma de Luis Estrada bien plus incisif), le film se veut sans référent avec le monde réel. En cela, le récit s’attache à construire une fable universelle surréelle. Il est dommage que le savoir-faire et les talents locaux au Mexique aient si peu été utilisés dans le film, à l’exception des lieux quasi désertiques du tournage. Ainsi, l’actrice Blanca Guerra qui apparaît furtivement dans le film jouant la mère d’Ulysses, est complètement oublié alors que l’on voit tout le potentiel qu’a su en tirer dans un registre similaire Alejandro Jodorowsky quelques années plus tard avec son interprétation de mère castratrice dans Santa Sangre. Le film souffre d’un manque de dialogue entre les différents auteurs. La collaboration entre Gabriel García Márquez et le cinéaste Arturo Ripstein s’est avéré beaucoup plus riche qu’ici. D’ailleurs, lors de la conférence de presse au moment de la présentation du film en compétition officielle au Festival de Cannes 1983, Gabriel García Márquez n’était pas présent parmi l’équipe du film venu défendre la réalisation de Ruy Guerra à ses côtés. Le film semble une œuvre un peu monstrueuse, signé par plusieurs personnes sans qu’aucune n’assume sa responsabilité « génitrice ». Le drame de cette jeune fille contrainte à la prostitution pour rembourser une lourde dette vis-à-vis de sa grand-mère, est évidemment riche de symboles mais hélas ceux-ci ne sont pas transfigurés par le génie d’un Jodorowsky, assumant complètement la paternité d’une œuvre folle. Ici, Erendira semble complètement abandonné de tous ceux qui lui ont donné naissance, à l’exception d’une Irène Papas sérieusement investie dans un rôle pour elle jusque-là inédit. Il reste une œuvre assez curieuse, qui ne manque pas d’attirer la curiosité par la réunion de talents qu’il permet (mais qu’il ne transforme pas en essai réussi) laissant en dernier ressort un léger charme suranné.

 

 

Erendira

Erendira

de Ruy Guerra

Avec : Irène Papas (Amadis, la grand-mère), Claudia Ohana (Erendira), Michael Lonsdale (le sénateur Onesimo Sanchez), Oliver Wehe (Ulysses), Rufus (le photographe), Blanca Guerra (la mère d'Ulysses), Ernesto Gómez Cruz (l'épicier), Pierre Vaneck (le père d'Ulysses), Carlos Cardán (le contrebandier), Humberto Elizondo

 

France – Mexique – Allemagne, 1983.

Durée : 100 min

Sortie en salles (France) : 16 novembre 1983

Sortie France du DVD : 19 août 2015

Format : 1,85 – Couleur

Langues : français, espagnol - Sous-titres : français.

Éditeur : LCJ Éditions

Collection : Cinéma d’ailleurs

Bonus :

L’histoire du film, reportage Antenne 2 (4’)
Interview de Gabriel García Marquez sur Antenne 2 (3’)
La chanson de Margaret par Irene Papas (2’)

 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.lcj-editions.com/films-/1621-erendira-collection-cinema-d-ailleurs-3550460046126.html

 

 

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