Cannes 2018 : "Cómprame un revólver" de Julio Hernández Cordón

Dans une contrée désertique du Mexique, des bandes de narcotrafiquants règnent en maîtres dans une atmosphère apocalyptique où un père tente de protéger sa jeune fille.

"Cómprame un revólver" de Julio Hernández Cordón © DR "Cómprame un revólver" de Julio Hernández Cordón © DR

Sélection de la Quinzaine des Réalisateurs 2018 : Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón

Dans un Mexique apocalyptique tout droit sorti des germes d'un Mad Max, un père adepte des drogues dures dont l'épouse et l'une de ses filles ont été enlevées, survit comme il peut auprès de sa fille. Dans ce pays où règne un féminicide sans précédent et où l'enfance est détruite dans ses rêves les plus intimes, il s'agit moins d'un monde dystopique qu'on ne le pense. Le prolifique et talentueux cinéaste Julio Hernández Cordón au fil de ses films, qu'il développe ses fictions au Mexique (Te prometo anarquía), au Guatemala (Polvo) ou encore dans le faussement paisible Costa Rica (Atrás hay relámpagos), a su convoquer les divers fantômes d'une histoire non officielle qui noie de l'intérieur les âmes des citoyens contemporains. Quel avenir pour le Mexique d'aujourd'hui où la plupart des crimes restent impunis et les disparitions se comptent par milliers ? Nourri de références cinéphiliques et littéraires, Julio Hernández Cordón livre une fable mythologique où la réalité mexicaine s'expose en filigrane. Baigné par le réalisme, travaillant avec des acteurs non professionnels en favorisant la spontanéité créatrice de l'improvisation au moment du tournage, la film marque profondément par sa lumière crue du Mexique. Cependant, le cinéaste avec l'appui du brillant chef opérateur Nicolás Wong dont les images transfigurent ce quotidien immédiat developpe toute une dimension mythologique que se situe entre Peter Pan, Mad Max, La Nuit du chasseur et Tom Sawyer. Dès lors l'atmosphère vaut bien plus qu'une somme d'informations pour comprendre une réalité sociale où la politique est si corrompue qu'elle a depuis trop longtemps déjà qu'elle a gangrené toute l'organisation du pays. Avec modestie mais une force profonde évidente, Cómprame un revólver réveille les consciences en plaçant au centre de sa fable cruelle d'une enfance volée, l'amour indéfectible qui unit un père à sa fille et réciproquement.

 

Cómprame un revólver
de Julio Hernández Cordón
Fiction
84 minutes. Mexique - Colombie, 2018.
Couleur
Langue originale : espagnol

 

Avec : Matilde Hernández Guinea, Rogelio Sosa, Sostenes Rojas, Wallace Pereyda, Ángel Leonel Corral, Ángel Rafael Yanez, Mariano Sosa, Jhoan Martínez
Scénario : Julio Hernández Cordón
Images : Nicolás Wong
Montage : Lenz Mauricio Claure
Musique : Alberto Torres
Supervision musicale : Bruna Haddad, Julio Hernández Cordón
Son : José Rommel, Carlos García
Décors : Ivonne Fuentes
Costumes : Andrea Manuel
Maquillage : Adam Zoller
Production : Woo Films (Mexique)
Coproduction : Burning Blue (Colombie)
Producteurs : Rafael Ley, María José Córdova, Rodrigo S. González, Diana Bustamante, Jorge Forero Julio Hernández Cordón
Distributeur (France) : Rezo Films

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.