Le tourisme, une manne pour la société dominicaine ?

34e Festival des 3 Continents de Nantes 2014 : Dólares de arena, de Israel Cárdenas, Laura Amelia Guzmán

 © Aurora Dominicana © Aurora Dominicana

34e Festival des 3 Continents de Nantes 2014 : Dólares de arena, de Israel Cárdenas, Laura Amelia Guzmán

En République dominicaine, la jeune Noelí séduit les touristes de passage pour des relations tarifées. Depuis trois ans, elle vit avec une française âgée qui s’est installée sur l’île et s’est beaucoup attachée à elle envisageant de l’emmener à Paris. Noelí a néanmoins un compagnon qu’elle présente comme son frère.

Depuis quelques films, Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán, qui avaient brillamment marqué les esprits avec leur premier long métrage Cochochi en 2007, nous font redécouvrir la République dominicaine avec une approche toute personnelle. Ce pays était très présent à travers le destin du personnage éponyme de Jean Gentil (2010), il l’est à présent avec l’histoire de Noelí, jeune dominicaine dont l’unique ressource économique est la tant vantée manne financière apportée par le tourisme. Implicitement, les grands économistes du FMI ont scellé son destin et ceux de tous les habitants de l’île : le développement économique passera par le tourisme ou ne sera pas. Prenant ce précepte au pied de la lettre, il est aisé de supposer que Noelí a dû se prostituer dès son plus jeune âge. Elle s’invente un frère pour justifier la présence de son compagnon auprès d’elle vis-à-vis de ses clients, mais ce dont elle témoigne ainsi à travers ce mensonge, c’est de l’absence de famille. Ainsi, Noelí est aussi représentative de toute une jeunesse dominicaine confrontée à un avenir incertain, strictement dépendant de volontés économiques extérieures. Issu du Vieux continent à l’économie prédatrice florissante, Anne est également un personnage qui souffre, en rupture familiale avec son fils resté en France. Elle s’attache à Noelí qui est économiquement dépendante d’elle. L’une et l’autre ne l’ignorent pas, jouent aux amantes sans pour autant s’en convaincre tout à fait. La frontière qui sépare Anne de Noelí, en dehors de la différence d’âge, est celle de leurs origines et de leur pouvoir économique qui entraîne un pouvoir non anodin sur l’autre. Dans cet espace paradisiaque, Anne fantasme une autre vie mais se retrouve très vite confrontée à la vérité de ses liens affectifs qu’elle ne peut pas monnayer : on ne s’achète pas une nouvelle vie, comme on continue à le croire depuis le symptomatique personnage du conquistador qui a fait pourtant tant de ravage...

Habitués à une approche documentaire avec des fictions construits dans des lieux réels et des acteurs non-professionnels, le travail avec Géraldine Chaplin apporte un nouveau souffle dans leur filmographie, l’actrice faisant apparaître par sa seule présence la fiction en tant que telle. C’est un choix perspicace pour adapter un roman, celui de Jean-Noël Pancrazi, Les Dollars du sable, alors qu’ils sont habitués à travailler sur des idées de scénario personnels . Le défi pour le couple de talentueux cinéastes était important, mais relevé avec brio, en suivant des propositions cinématographiques qui ne sont pas sans rappeler le meilleur du cinéma de Laurent Cantet, dont le scénario est proche de son film Vers le sud. Alors que le cinéaste français vient retrouver un nouveau souffle à l’étranger pour retrouver ses problématiques personnelles, Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán placent au centre de leur histoire la réalité sociale contemporaine de la République dominicaine. C’est ce fort attachement qui confère une véritable âme au film, le traitement délicat et tout en subtilité de l’image en attestant tout à fait, les personnages de cette histoire se fondant parfaitement dans l’espace social et naturel que les cinéastes connaissent bien. Il en découle un film à la mise en scène très maîtrisée malgré une grande souplesse à laisser le réel advenir à l’écran.

 

Dólares de arena

de Israel Cárdenas, Laura Amelia Guzmán

Fiction

85 minutes. République dominicaine - Mexique - Argentine, 2014.

Couleur

Langue originale : espagnol

avec : Géraldine Chaplin (Anne), Yanet Mojica (Noelí), Ricardo Ariel Toribio

scénario : Israel Cárdenas, Laura Amelia Guzmán, adapté de l’ouvrage Les Dollars des sables de Jean-Noël Pancrazi

image : Israel Cárdenas, Jaime Guerra

son : Alejandro Deicaza, Diego Gat, Raul Locatelli

décor : Sylvia Conde

montage : Andrea Kleinman, Israel Cárdenas

musique : Benjamín De Menil, Ramón Cordero, Edilio Paredes

Costumes : Laura Guerrero

Production : Aurora Dominicana (République dominicaine)

Coproduction : Rei Cine (Argentine), Canana Films (Mexique)

Producteurs : Benjamin Domenech, Santiago Gallelli, Matías Roveda, Pablo Cruz, Laura Amelia Guzmán, Israel Cárdenas

Vente internationale : FiGa Films

 

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