Cinélatino 2021 : "Aurora" de Paz Fábrega

Luisa, architecte et professeur d’arts plastiques, découvre une jeune fille qui a tenté d’avorter, au Costa Rica où l’avortement est illégal. Elle lui propose spontanément son aide alors que l’une et l’autre sont un peu perdues.

"Aurora" de Paz Fábrega © Temporal Films "Aurora" de Paz Fábrega © Temporal Films
Film en compétition long métrage de la 33e édition du Festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2021

Dans la lumière diaphane du quotidien d’une jeune architecte au Costa Rica, le quotidien semble se répéter naturellement dans le cadre d’une profonde paix puisqu’il n’y a en apparence aucune ombre au tableau. Mais à l’image de ce pays sans armée et qui n’a jamais connu de dictature durant la seconde moitié du XXe siècle à la différence des autres pays d’Amérique latine, certains droits élémentaires semblent avoir été politiquement figés comme le fait que l’interruption de grossesse pour une femme afin de décider de son avenir de femme est pénalisé par la loi. Tel est le trouble créé par les personnages du troisième long métrage de Paz Fábrega qui se retrouvent à prendre des décisions qui passent dans un premier temps par un déni de grossesse pour l’une et l’initiative spontanée d’une singulière prise en charge aux enjeux troubles pour l’autre. En effet, en décidant d’accueillir chez elle cette jeune fille mère pour que celle-ci puisse cacher à sa mère sa grossesse, Luisa, jeune femme célibataire et indépendante, s’engage dans une répartition implicite des rôles, jouant la mère, l’amie, la grande sœur, la compagne : tous les scénarios sont dès lors ouverts. De ce point de vue, cette nouvelle histoire est le prolongement des interrogations menées par la réalisatrice dans son premier long métrage Agua fria, où dans un cadre balnéaire, une jeune femme était troublée par le récit que lui faisait une enfant de 7 ans sous-entendant un possible abus sexuel de la part d’un membre de sa famille. On retrouvait également la culpabilité d’une classe sociale pour une autre à travers un besoin d’établir une solidarité féminine entre deux générations distinctes. De même ici, la volonté de la jeune Yuli de cacher l’identité de l’homme qui l’a conduite à être enceinte, laisse supposer à Luisa un acte sexuel non consenti.

Dès lors, dans le lien qui se développe tout au long du film entre ces deux femmes se joue une relation de complétude à travers les manques que révèlent l’une et l’autre. Ainsi, leur relation témoigne d’un portrait en creux de chacune d’elle, permettant à Paz Fábrega de mettre en scène un portrait psychologique subtil et délicat, autour d’une grammaire cinématographique extrêmement précise, cousue comme de la dentelle.

Pour composer l’image de ce récit finement complexe, Paz Fábrega a fait appel à María Secco l’une des directrices de la photographie les plus ingénieuses et sensibles d’Amérique latine à laquelle elle avait déjà confié l’image de son premier long métrage Agua fria. Tout concourt ainsi à un lien de gémellité fort entre les deux films, à un nouveau moment important de la vie de réalisatrice qui, à l’instar de son personnage principal dans les deux films, dispose d’un nouvel âge en tant que femme indépendante pour poser son regard sur la société qui l’environne. Il en résulte une symbiose entre la réalisatrice-scénariste et sa directrice de la photographie, pour saisir une histoire dont les enjeux ne s’énoncent pas ouvertement en mots, à l’instar de la situation de la pénalisation de l’avortement au Costa Rica. De l’intime, Paz Fábrega laisse ainsi entendre un point de vue politique profondément enraciné dans sa réalité quotidienne.

 

 

"Aurora" de Paz Fábrega © Temporal Films "Aurora" de Paz Fábrega © Temporal Films

Aurora
de Paz Fábrega
Fiction
110 minutes. Costa Rica, Mexique, Panama, 2021.
Couleur
Langue originale : espagnol

 

Avec : Rebeca Woodbridge (Luisa), Raquel Villalobos (Yuliana), Erika Rojas (la mère de Yuliana), Liliana Biamonte, Daniela Arroio, Marcela Jarquín, Kattia González
Scénario : Paz Fábrega
Images : María Secco
Montage : Soledad Salfate
Musique : Alex Catona
Son : Federico Moreira
Directeur artistique : Catalina Tenorio
Production : Temporal Films
Productrices : Patricia Velazquez, Marianella Illas
Vendeur international : RAMONDA

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