En quête d’origine et d’innocence au cœur de la forêt amazonienne

Quinzaine des Réalisateurs 2015 à Cannes : El Abrazo de la serpiente, de Ciro Guerra

 © Andres Barrientos © Andres Barrientos

Quinzaine des Réalisateurs 2015 à Cannes : El Abrazo de la serpiente, de Ciro Guerra

 

Au début du XXe siècle, un explorateur allemand est recueilli par un chaman amazonien pour tenter de le guérir. Ensemble, ils partent à la recherche de la yakruna, une plante sacrée. Vingt ans plus tard, un explorateur arrive des États-Unis auprès du même chaman pour lui faire une demande similaire.

Dans ce film fleuve, deux époques sont suivies à travers un montage parallèle. Deux Européens à une génération de distance poursuivent une quête similaire en s’adressant à un même chaman reclus. Par certains traits, le voyage pourrait s’apparenter à celui du jeune officier dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Car dans les deux cas, cette pénétration de personnages exclusivement masculins au plus profond de la forêt tropicale révèlera la folie destructive des missions civilisatrices de l’Homme Blanc. Dans El Abrazo de la serpiente les deux histoires se déroulent au moment les plus destructeurs en Europe et dans le monde avec les deux guerres mondiales. Bien qu’ils ne le reconnaissent pas au premier abord, les deux explorateurs sont amenés à vivre un retour aux origines et à accéder à une sagesse où tous les êtres vivants ont une place à part entière dans la société humaine. Par certains traitements, le film de Ciro Guerra pourrait s’apparenter à un film ethnologique à l’instar du film de fiction Cabeza de Vaca de Nicolás Echevarría : ainsi, il est question d’ethnocides, c’est-à-dire de la destruction de cultures ancestrales confrontées à l’intolérance d’un savoir occidental qui se veut omniscient. Dans cette odyssée, on n’est pas non plus éloigné de 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Le film assume magnifiquement ces références cinématographiques avec un travail de l’image en Noir & Blanc d’une très grande beauté et aux plans toujours très bien composés. Ce film colombien a en outre pour intérêt de montrer une population très peu représentée dans le cinéma colombien : les peuples amazoniens. Leur représentation ici est faite par le cinéaste à la fois avec un très grand respect et une profonde fascination. Dès lors, le spectateur lui-même est invité à parcourir ce voyage au plus profond de lui-même pour interroger une innocence perdue liée à des coutumes et une éducation spécifiques. Il ne s’agit donc pas seulement d’une reconstitution historique mais d’une expérience cinématographique sensorielle et philosophique. Pour son troisième long métrage après La Sombra del caminante (2004) et Los Viajes del viento (2009) le cinéaste fait à la fois preuve d’une grande maîtrise du matériau cinématographique et d’une philosophie qu’il s’est totalement appropriée et qu’il sait retransmettre aux spectateurs.

 

El Abrazo de la serpiente

de Ciro Guerra

langues originales : cubeo, huitoto, wanano, tikuna, espagnol, portugais, allemand, catalan, latin

avec : Nilbio Torres, Antonio Bolívar, Yauenkü Miguee, Jan Bijvoet, Brionne Davis

scénario : Ciro Guerra, Jacques Toulemonde

image : David Gallego

son : Carlos García, Marco Salaverría

décor : Angélica Perea

montage : Etienne Boussac, Cristina Gallego

musique : Nascuy Linares

Production : Ciudad Lunar (Colombie)

Coproduction : Nortesur Producciones (Venezuela), Mc Producciones (Argentine), Buffalo Films (Argentine)

Distribution : Diaphana Distribution

Vente internationale : Films Boutique

 

Sortie DVD du film :

Sortie France du DVD : 3 mai 2016
Format : 2,35 - Couleur - Son : Dolby Digital 5.1.
Langue : espagnol - Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : TF1 Vidéo

Bonus :
Making of (25’)
4 modules de making of complémentaires (4 x 2’) :
• «  Histoire  » : les différentes inspirations sur lesquelles repose le film
• «  Magie  » : la magie que renferme la forêt amazonienne et à son impact sur le film
• «  Aventure  » : les dangers rencontrés par l’équipe de tournage dans cet environnement hostile
• «  Diversité culturelle  » : l’expérience humaine vécue par l’équipe et, à travers le film, les spectateurs
Bande-annonce

 

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