«Une femme fantastique», un film de Sebastián Lelio

Mariana vit une tendre histoire d'amour avec Orlando jusqu'à ce que celui-ci décède. Dès lors, elle se retrouve face à toute la famille de son amant et à la violence faite à son identité transgenre.

"Une femme fantastique" de Sebastián Lelio © Ad Vitam "Une femme fantastique" de Sebastián Lelio © Ad Vitam

Sortie nationale (France) du 12 juillet 2017 : Une femme fantastique de Sebastián Lelio

Consacré par son émouvant et inoubliable Gloria (2013), Sebastián Lelio continue à faire avancer ses récits à partir de personnages de femmes hors du commun qui sous une apparente vulnérabilité, réussissent à s'imposer dans un monde où rien n'existe pour qu'elles trouvent naturellement et légitimement leur place. Entre les deux films, il y a un passage de relais très fort. De manière apparemment plus sage, ce nouveau film s'affirme comme la synthèse de tous ses films précédents, à commencer par La Sagrada familia, nom qui apparaît de manière très significative au frontispice d'un bâtiment dans ce présent film. Ce qui est ici décrié, c'est la conception pathologique d'un idéal familial d'une partie de la société chilienne qui appartient, qui plus est, aux sphères les plus aisées. La violence transphobique n'est ici plus dissimulée et derrière le chemin de calvaire de Mariana, ce n'est pas l'acceptation des misères du monde d'un ordre social inique dans la grande tradition puritaine du mélodrame, mais bien la construction d'un personnage se construisant et s'affirmant au fil de toutes les épreuves, selon l'adage que « ce qui ne tue pas, rend plus fort ». Le film use à bon escient des diverses ressources des genres au cinéma, les mariant avec intelligence pour éviter tout déterminisme quant au destin du personnage qui devient aussi bien une figure de comédie musicale, de mélodrame, de thriller social que de film fantastique ! L'imaginaire ainsi convoqué se place au même niveau que les récits des épreuves que subies Mariana. Si le réalisateur et coscénariste met en valeur un véritable joyau d'humanité incarné avec conviction par Daniela Vega, son écrin est constitué par toute une galerie d'acteurs chiliens qui lui donnent le change grâce à une véritable force d'interprétation. La mécanique de la mise en scène de Sebastián Lelio s'affirme à merveille, suivant une mécanique bien huilée depuis Gloria. Pas d'excès de pathos mélodramatique ici, le personnage se caractérisant plus par son imaginaire que par sa souffrance. Tel est le parti pris de Sebastián Lelio consistant à refuser les limites du film militant où un personnage est sacrifié sur l'autel d'une noble cause : au contraire, le cinéaste préfère magnifier la force de la vie et de la résilience dans un monde marqué par l'immonde intolérance imposé sous forme de morale politique.

 

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Une femme fantastique
Una mujer fantástica
de Sebastián Lelio
Fiction
104 minutes. Chili – Allemagne – Espagne - USA, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Daniela Vega (Marina Vidal), Francisco Reyes (Orlando), Luis Gnecco (Gabo), Aline Küppenheim (Sonia), Nicolás Saavedra (Bruno), Amparo Noguera (Adriana), Trinidad González (Wanda), Néstor Cantillana (Gaston), Alejandro Goic (le médecin urgentiste), Antonia Zegers (Alessandra), Sergio Hernandez (le professeur de chant), Roberto Farias, Cristián Chaparro, Diana Cassis, Eduardo Paxeco, Paola Lattus, Felipe Zambrano, Erto Pantoja, Loreto Leonvendagar, Fabiola Zamora
Scénario : Sebastián Lelio, Gonzalo Maza
Images : Benjamín Echazarreta
Montage : Soledad Salfate
Musique : Matthew Herbert
Son : Tina Laschke
Costumes : Muriel Parra
Directeur artistique : Estefanía Larraín
Production : Fabula, Setembro Cine
Coproduction : Komplizen Film, Muchas Gracias
Producteur délégué : Eduardo Castro
Producteurs : Juan de Dios Larraín, Pablo Larraín, Sebastián Lelio, Gonzalo Maza
Coproducteurs : Maren Ade, Fernanda Del Nido, Jonas Dornbach, Janine Jackowski,
Producteurs exécutifs : Mariane Hartard, Rocío Jadue
Distributeur (France) : Ad Vitam

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