Festival International du Film d’Amiens 2017 : "Medea" d'Alexandra Latishev

María José fait un déni de grossesse, tandis qu’elle s’ennuie à l’université, que ses parents semblent l’ignorer et qu’elle se sent un peu perdue dans les soirées avec ses amis quand elle explore ses propres limites.

"Medea" de Alexandra Latishev © DR "Medea" de Alexandra Latishev © DR

Après son court métrage Irene qui décrivait avec perspicacité l’isolement d’une jeune femme à travers un traitement sensoriel brouillant la frontière entre rêve et trivialité prosaïque du réel, Alexandra Latishev retrouve son actrice fétiche et alter ego Liliana Biamonte sur le thème du déni de grossesse. Le récit est traité avec une caméra au plus près du personnage principal, touchant quasiment sa nuque dans ses déplacements à la manière des frères Dardenne dans Rosetta (1999). À l’instar de ce film, Alexandra Latishev dresse le portrait d’une jeune femme de 25 ans en errance, apparemment libre mais qui subit une oppression sourde indéterminée. La réalisatrice favorise l’approche sensorielle de son personnage afin de partager avec le spectateur son indétermination, ses doutes et son étouffement généralisé. Sans avancer d’explication concrète à cette situation, la cinéaste livre par petites touches subtiles la psychologie de sa protagoniste, dans un dialogue avec l’intime où se révèle ce que le personnage même n’ose s’avouer. Le déni de grossesse serait-il à mettre en relation avec l’interdiction de l’avortement au Costa Rica, un pays paisible défendant les Droits de l’Homme sans armée mais où l’Église catholique a beaucoup à dire encore dans les affaires d’État, expliquant que l’avortement thérapeutique seul est autorisé ? C’est un constat qui peut être fait à demi mot alors que le film ne précise jamais son origine géographique ni ne pointe jamais du doigt la politique nationale. Il y a malgré tout une discussion des parents du personnage principal sur leur peur du terrorisme et de l’immigration dans leur pays. Ce discours n’est pas anodin car il évoque aussi la peur d’un pays conservateur enfermé sur lui-même. Pendant ce temps, la jeunesse se referme sur elle-même comme cette jeune femme qui passe près de ses parents chez qui elle vit comme un fantôme sans attache. Est-ce que la politique conservatrice catholique du pays n’est-elle pas en train d’étouffer sa jeunesse qui ne peut plus dès lors reproduire la vie ? Telle est une des métaphores possibles du film.

 

"Medea" de Alexandra Latishev © DR "Medea" de Alexandra Latishev © DR
Medea
d’Alexandra Latishev
Fiction
71 minutes. Costa Rica, Chili, Argentine, 2017.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Liliana Biamonte (María José), Javier Montenegro (Javier), Erick Calderón (Carlos), Marianella Protti, Arnoldo Ramos
Scénario : Alexandra Latishev
Images : Álvaro Torres, Oscar Medina
Assistante réalisation : Kimberly Picado
Montage : Soledad Salfate, Alexandra Latishev
Musique : Susan Campos
Son : Christian Crosgrove
Décors : Carolina Lett
Production : La Linterna Films, Temporal Film, Grita Medios, Cyan Prods
Productrices : Paz Fábrega, Alexandra Latishev
Productrices exécutives : Cynthia García Calvo, Marcela Esquivel Jimenéz
Coproducteur : Luis Smok Bustamante
Producteur associé : Iván Molina Jiménez

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